34. histoire de titres

Depuis que j'écris et publie ce journal en ligne, j'ai donné un titre à chacun des cahiers. Ça a toujours été important que le titre choisi contienne une idée maîtresse qui soutienne plus ou moins la trame de l'écriture quotidienne, sinon le projet.

Sauf que je n'avais pas de titre pour le volume 5, commencé en décembre 2004. Et en mars 2005, j'arrivais seulement à la page 33. Quoi ? Il fut un temps où j'écrivais une page par jour et parfois deux ou trois. J'avoue que je ne pensais pas beaucoup à cette histoire de titres. J'étais peut-être simplement de plus en plus lasse de ce journal avec un titre aussi vide et impersonnel que Journal. Cela m'éloignait peut-être du désir d'y écrire ou de la signification que je donnais à tout ça, puisque la fréquence des entrées avait diminué vertigineusement depuis l'hiver et même l'automne. Depuis la fin de Voyelle. Et je ne cherchais toujours pas de nouveau titre. J'ai lu beaucoup. Écrit un peu. Avancé quelques projets, et travaillé.

Palymbrosia m'est tombé dessus par hasard, et de fils en aiguilles, quand j'ai lu La traversée des apparences. Dans la préface de l'édition française [Flammarion, 1977], Julie Pavesi raconte que V.W. avait donné un titre temporaire à ce premier roman, et c'était Melymbrosia. L'auteur en avait parlé avec ses amis, leur en avait fait lire des passages, avait écouté les avis et les opinions, et sept ans plus tard, le livre n'était toujours pas publié. Ce qu'elle n'a plus jamais fait par la suite. Ce premier titre « abandonné » de La traversée des apparences m'a tout de suite fascinée, intéressée, mais je n'ai pas osé l'emprunter - on dit que ça se fait, mais quand même ! L'itinéraire de ce livre m'a bien évidemment ramenée à Épiphanie, à qui j'ai fait subir le même sort, sur Internet et ailleurs. Trois ans plus tard, il n'est toujours pas publié et ne le sera probablement jamais, c'est comme si je l'avais brûlé moi-même. J'ai ensuite réfléchi à la question du titre, et fait quelques recherches.

Mais que signifie « palymbrosia », me direz-vous ?

PAL, c'est pour le nouveau, c'est aussi l'écriture du journal à découvert, publiquement, ouvertement, pour noter les fragments, ce que je vois, les impressions du jour qui passe, les ombres et figures qui se profilent, fugaces. Suivre de nouvelles petites routes peu fréquentées.

En plaçant les LYMB[es] au beau milieu du mot, je désire effleurer l'autre espace entre les mondes, la mémoire reptilienne et lymbique, entre le réel et l'imaginaire, entre la vie et la mort, le paradis et l'enfer, limbes de l'angoisse et de mes démons, et tout le reste.

Et puis il y a ROSIA --> rosea, parce que j'aime semer des mots quand la terre s'étire dans la rosée du matin, et célébrer le rougeoiement de l'aube naissante, lorsque les rayons rosés du soleil font pâlir les étoiles.

Et le tout le reste, le croisement de ces trois lieux, ce néologisme, c'est aussi l'histoire d'un titre pour la suite de ce journal.