32. rêveries sous d'autres cieux

Ultimement, le bruit de vagues. Surtout le soir avec la lune, quand mes cheveux pèsent lourd et s'accrochent aux pinces et aux petits élastiques venimeux mis en place pour les retenir, les empêcher de voler au vent. Lorsque je les détache pour les brosser et les laver, et qu'il y a la nuit, il manque la caresse par-dessus. Il manquera toujours la caresse sur les cheveux, ou sur le corps. La caresse, c'est l'inconnu de soi. J'ouvre les fenêtres et ça sent le vent la neige et j'entends battre le coeur du monde dans la mer, tout au fond, et les lourds nuages noirs du ciel épuisés, et surchargés de puanteurs parfumées, me racontent des légendes oubliées.

La maison de la rue Hutchison je ne l'ai pas vendue, les détails de toutes ces tractations n'ont rien d'intéressant, l'essentiel étant que l'affiche soit partie, point final. Cette maison, sera toujours là pour moi et j'ai découvert que je n'ai pas du tout envie de m'en séparer, surtout pas maintenant. Découvert également des ressources et plein d'énergies afin de reprendre et mener à termes les rénovations dont elle a grandement besoin.

Tout cela m'aura servi à trouver ce que je voulais, c'est à dire une sorte de solution mitoyenne [gourmande] : habiter la maison de la ville et aller aussi souvent que nécessaire à celle de la mer. Pourquoi n'avoir qu'une seule maison, qu'une seule adresse. Si j'en ai besoin de deux, j'en aurai deux. Ou plus, s'il le faut.

J'ai apporté cette fois encore plus de livres et mes tarots, j'observe du coin de l'oeil la vie jaillir de mes belles cartes : des soleils galants et des pendus qui parlent sur un banc de parc, des prêtresses et des papesses folles font des discours savants pendant que des tours et des valets de coupe se tiennent debout, muets et la tête à l'envers ; les sabres et les pièces de monnaie dansantes dont on ne se méfie jamais assez se mettent à fleurir et à boire des verres de saké avec des chats clonés qui jouent de l'harmonica pour les fous des rois, taratata.

Bref, et tout à fait douillettement, les poches pleines d'objets magiques, je regarde en rêvant palpiter le rouge des anémones géantes et des amaryllis suspendues au bout de leurs gargantuesques tiges vert jaune baignant dans des vasques roses remplies d'eau saumâtre où barbotent quelques carpes domestiques. Petit détail : je ne retrouve plus mon appareil photo. Où peut-il s'être encore caché celui-là, est-ce une conspiration ?