288. thé vert et autres écritures

Une chance qu'il y a et qu'il y aura toujours des jours heureux pour effacer le mauvais sort de ceux qui le sont moins. Des jours bénis des dieux, accoucheurs de vents glacés et d'un nouvel hiver de force [enfin], des jours capables de faire débouler sur notre si mystérieux monde des myriades de merveilles en cascades. De quoi venir à bout de ma réserve et de ma solitude, et de m'abandonner aux gâteries pourries et aux bons sentiments d'amour et d'amitié, d'avoir envie de tous les inviter pour un grand dîner de minuit un jour de semaine, de partir à Yalta avec Katia, ou d'inviter François dans ma future prochaine maison du fleuve pour boire le thé Kousmichoff vert de Chine aux agrumes, qu'il m'a offert, déguster le thé brûlant à petites gorgées dans de minuscules tasses de porcelaine anglaise de poupée avec des roses roses pâles peintes dessus [à la main].

Aujourd'hui, c'était fête, mais pas ma fête. Je pars. Ch. m'a apporté un pot de confiture d'abricots et amandes, et Ca., des bonbons à la bergamote, et chaque fois que j'entrais dans mon bureau, je découvrais une nouvelle carte avec une petite surprise que quelqu'un avait déposé, des fleurs, des enveloppes rouges, des jaunes, des vertes, des blanches et de toutes les couleurs avec des petits paquets ; ou de simples feuilles de papier ligné arrachées d'un cahier à reliure spirale couvertes de voeux et pliées en deux, quatre ou huit, avec mon prénom dessus, des cartes et des feuillets finement écrits, comme ciselés avec le rouge du coeur et qui me porteront bonheur ; sans compter les bisous et les bras qui encerclent les épaules, et les mains serrées, les étreintes et la grande chaleur des paroles échangées. À midi, lunché chez Ô avec Cc., pour discuter de tout et de la synchronicité, et grignoter le poulet du général Tao, et des biscuits de fortune en lisant les petits billets bilingues mal traduits [again], et en pouffant de rire.

Tout ça pour dire que j'ai commencé aujourd'hui à faire mes adieux à quelques collègues et vice versa, ceux qui ne seront pas là demain. Et que demain, je terminerai un mandat de plusieurs mois pour le bureau ZWQ qui m'a donné du travail et des tas d'occupations, des préoccupations, un boulot qui m'a fait lever le matin et triper et profiter du beau soleil sur le boulevard Rosemont et parfois enrager et désespérer parce que je n'avais pas toujours la tête à ça et que j'aurais préféré consacrer tout mon temps à écrire. Sauf que si je n'avais pas travaillé dans cette boîte, je n'aurais jamais pu vivre ce que vous ne savez pas [confidentialité oblige], ni rencontré ces personnes-là, attachantes avec du ventre et du souffle et du coeur et des rêves de paix et de liberté, et assez d'espoir pour soulever les vents du large, leurs rêves si près des miens, si près à se toucher. Et donc il se fait tard et il reste demain à travailler, et d'autres adieux.

Et après-demain, au menu, il y aura le monde, ou les mondes, que je pourrai construire après ça : ma vie, et la fiction.