280. l'insubmersible mémoire des pierres

des pierres noires au bord de la mer, en septembre 2004

L'écrivain Marek Halter déclarait ce soir aux informations de Radio-Canada [transcription libre, je n'ai malheureusement pas eu le temps de faire un enregistrement de cette entrevue], au sujet de ses réactions à la mort de Yasser Arafat : « – il y a environ deux mois, alors qu'il était déjà très affaibli, avec des trous de mémoire et tout ça, je l'avais rencontré et il m'avait parlé et il avait dit : – je dois leur dire telle et telle chose, je dois leur dire quelque chose. – Et moi je n'ai rien fait. Il attendait de moi un grand discours, et je ne l'ai pas écrit. Et maintenant, je le regrette. »

Qui sait si la paix n'aurait pas surgi quelque part autour des méandres enflammés de cet acte d'écriture-là ? Nous ne le saurons jamais. Quoi qu'il en soit, j'offrirais à l'homme mort mon plus beau Datura pour son ultime voyage que cela ne servirait à rien, n'ajouterait pas la moindre petite pierre par-dessus les aspirations d'indépendance et de liberté des peuples qui en sont affamés. Une simple fantaisie en mémoire de la révolte des pierres, et pour celui qui tenait « l'arme des combattants de la liberté dans une main et le rameau d'olivier dans l'autre » [1974].

Et prendre l'engagement envers moi-même et devant témoins d'écrire même dans la noirceur des jours les plus difficiles et sans espoir, même dans l'extrême lumière des moments heureux qui transfigurent et portent en avant, et même dans la grisaille tiède des entre deux. Écrire, pour ne jamais avoir à vivre le regret de ne pas l'avoir fait. Et pour mémoire.