272. le vent du désert

Je lis Les septs piliers de la sagesse en pleine nuit. Je me lève et allume deux bougies, et l'ordinateur, et j'ouvre une autre page du journal. La longue méditation sur l'homme et l'action, commencée à quatre heures du matin me fait sentir le doux vent du désert.

La semaine passée, je me suis tenue à l'écart, loin des livres et des cahiers, et ce n'était pas facile à traverser. Puis vendredi et samedi, j'ai vécu des moments intenses et heureux avec ma famille. Hier, beaucoup dormi.

L'agent d'immeuble va s'occuper de vendre la maison. Il est venu deux fois visiter, et pour signer les papiers, c'est fait. Il a fait des photos, et dessiné un plan à l'échelle. C'est un homme rigoureux qui travaille bien. Demain [aujourd'hui] j'aurai du gros ménage à faire, surtout dehors et les vitres, les armoires, car les visites commencent cette semaine.

Je n'ai pas encore trouvé d'appartement, j'en ai visité un seul et ça m'a donné la nausée : un édifice tout neuf qu'on dirait construit pour y loger des rats. Non, merci. Je vais continuer de chercher.

Mes guides, humant l'air comme des chiens, me conduisaient d'une salle croulante à l'autre en disant : " Sens le jasmin, sens la rose. " Mais Dahoum enfin me prit à l'écart : " Viens sentir le plus doux parfum de tous ", et nous entrâmes dans le bâtiment principal, jusqu'à l'embrasure des fenêtres béantes de sa façade orientale et là nous bûmes à grandes goulées le vent du désert, sans effort, vide et sans remous qui venait palpiter là.[T.E. Lawrence : « Introduction. Les bases de la révolte », Les Sept piliers de la sagesse, chapitre III]

Je veux poursuivre la quête pas toujours facile, faire confiance à la bonne étoile qui m'a toujours guidée, protégée et bercée. J'accepte de me laisser secouer parfois comme un dé enfermé dans une grande main qui s'ouvre sans prévenir pour m'envoyer rouler au tapis, me figer dans une signification, m'exposer devant un miroir déformant à des regards myopes. Jusqu'au prochain grand brassement de sens. Déjà six heures du matin, il fait encore noir mais j'y vois déjà plus clair.