268. et puis plus rien

Ce matin je me lève avec l'envie de rien. Hier, j'avais projeté d'écrire la suite de cette manif, bien illustrée avec les photos que j'ai prises disposées ici et là sur la page. Un vrai reportage. Je l'ai réalisé entièrement, intérieurement. Je peux le voir. Et puis plus rien. Je n'ai envie de rien. La café était amer. Les toasts, secs [sèches ?]. J'ai trouvé des mites dans la dépense et je dois tout vider, tout nettoyer, et désinfecter, jeter des aliments contaminés, aller en acheter d'autres, descendre des dizaines de sacs poubelle et j'ai mal aux bras et au dos rien que d'y penser. Mon dimanche va y passer. Et puis il y a la question de ce journal. Je me rends bien compte que ça ne sert à rien. Ces petits reportages des derniers jours, c'est du travail de journaliste. Mal fait en plus. Rien de littéraire. Du travail d'amateur, parce que ce n'est pas mon métier le journalisme, jamais été attirée par ça. J'écris n'importe quoi. Savoir comment il se fait que je me suis levée avec l'idée que ce journal n'a aucun sens. Avec la folle envie une fois de plus de jeter cet ordinateur par la fenêtre. L'envie de casser. De crier l'impuissance ; et la révolte gronde de plus en plus fort. La crise. Peut-être est-ce simplement l'effet d'une enfilade de cauchemars horribles qu'il m'a fallu traverser toute la nuit pour arriver jusqu'à un dimanche matin déprimant où me yeux ne voient plus que ce qui est moche. Un matin mort. Où ma conscience me juge cruellement de ne pas faire mon travail d'écrivain. De ne pas tout faire pour que soient publiés les « livres » que j'écris. De ne pas tout faire pour trouver le moyen d'écrire à plein temps. De rester à l'écart des anciens profs et de l'Université, de ne plus fréquenter les milieux littéraires, les écrivains et les éditeurs, alors que je sais pertinement que tu n'arrives à rien si tu n'as pas de bons contacts. D'avoir abandonné le roman que j'écrivais avec flamme quand j'étais à la mer. De laisser s'éloigner la bonne chaleur. Et maintenant, ce matin, d'avoir le sentiment de perdre mon temps à écrire ce journal sur l'Internet. Forme d'écriture qui sera toujours considérée comme un genre mineur, ou pas un genre du tout. Forme d'écriture que je devrais défendre et promouvoir au lieu de me laisser contaminer par le dénigrement et l'autodénigrement.

un badge contre la peine de mort, à la manif de samedi 9 octobre 2004

Hier, à la manifestation, je portais ce badge collé sur les seins avec le nom d'un condamné à mort. Condamnation et illustration de ma mort comme écrivain si je ne trouve pas d'alternative ? Avec la différence que je me suis condamnée toute seule. Dur constat.