254. à boire

la mer et le rose du ciel

J'aime vivre ici et respirer au même rythme que la mer, sa musique, et ses couleurs. À l'écart, bien à l'abri des babillages et bruissements de ce monde et de ses mini tragédies rétrécies au lavage. Il suffit de marcher et courir six kilomètres entre [et sur] les grosses roches de la grève tous les matins pour m'alléger. Et respirer du merveilleux. Il suffit de m'asseoir là. Sous le toit de cette grande galerie qui longe la maison face à la mer, pour reprendre mon souffle. Et puiser dedans.

Il n'y a jamais assez de lumineuses paix comme celles-là. Jamais non plus assez de légèreté pour me permettre de porter cette croix déposée sur mon dos et que je n'ai pas la force de jeter dans la fosse aux lions. Si lourde. Si lourde que la tige de mon coeur se courbe jusqu'au sol à force.

Et sur cette terre, certains jours, il n'y a plus rien à boire. Rien. C'est pour ça qu'il y a toujours du rose à l'horizon. J'apprends à faire comme mes orchidées : à me faire pousser des racines aériennes pour boire toujours au loin quand il n'y a plus rien au plus près. Des racines qui seront capables d'aller puiser ailleurs la force de continuer. Nulle part ailleurs que dans l'illusion de cette éphémère nuée rose du ciel, noyée de bleu.