251. ô mon nouvel ami

J'ai réduit la taille des images – tentative pour ne pas ralentir l'affichage de la page. En cliquant dessus on peut les voir de plus près. Ces clichés ne sont pas des chefs d'oeuvre. Simples supports pour conserver quelques précieuses contemplations.

la mer si douce du 16 septembre 2004 par la fenetre de ma chambre, le matin du 18 septembre 2004 vu par la fenetre de ma chambre, le matin du 18 septembre 2004 les grands pins et la mer, le 16 septembre 2004

Un autre jour. Lent réveil en même temps que l'aube, les paupières ouvertes de force par le blanc rosé fugitif qui déchire la ligne noire d'horizon. Et la douce rage des vagues. Envoûtée par le bleu du ciel, l'âme brassée et tendrement roulée par la mer, je m'imposais, depuis dimanche, un tout nouvel horaire. Autre forme de discipline qui m'a fait du bien. Chaque jour, et deux bonnes heures avant le premier café, je lisais des philosophes. Ce matin, c'étaient les savoureuses Stèles, de Victor Ségalen. En voici un extrait :

Des lointains

Des lointains, des si lointains j'accours, ami, vers toi, le plus cher. Mes pas ont dépecé l'horrible espace entre nous.
De longtemps nos pensers n'habitaient pas le même instant du monde : les voici à nouveau sous les mêmes influx, pénetrés des mêmes rayons.

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Tu ne réponds pas. Tu observes. Qu'ai-je déjà commis d'inopportun ? Sommes-nous bien réunis : est-ce bien toi, le plus cher ?
Nos yeux se sont manqués. Nos gestes n'ont plus de symétrie. Nous nous épions à la dérobée comme des inconnus ou des chiens qui vont mordre. Quelque chose nous sépare. Notre vieille amitié se tient entre nous comme un mort étranglé par nous. Nous la portons d'un commun fardeau, lourde et froide.

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Ha ! Hardiment retuons-la ! Et pour les heures naissantes, prudemment composons une vivace et nouvelle amitié.
Le voulez-vous, ô mon nouvel ami, frère de mon âme future ?

Les Stèles auraient été moulées dans la contemplation des stèles chinoises, épigraphes gravées dans la pierre taillée et mise debout. Monuments que j'imagine plantés partout dans le ciel de Chine. Grosses tortues, formes étranges. Ou simples larmes rocheuses tombées des nuées. Je couve un autre rêve de partir ailleurs. Ouvre les «Stèles face au Nord» à la barre du jour. Les pages de l'amitié. Des signes. Je médite ces textes poétiques ciselés par le philosophe dans une langue pure et cristalline, d'un autre temps. Un style. Sans historiettes.