244. annie's bobos

Encore une nuit blanche. La troisième, docteur. De grandes plages d'insomnie le coeur en pagaille, serré, battant, et des allergies qui m'ont fait éternuer et moucher, mal à la gorge. Je vous épargnerai la liste des bobos. Je ne veux pas vous faire becquer bobos. J'écris ça comme je ferais ma lessive. Et parce que j'ai envie de le faire. Sortir le méchant. Ou réfléchir à voix haute. Écrire, aujourd'hui, c'est comme parler toute seule.

Sauf que les histoires de bobos, c'est nul et pathétique. Et drôle. Ça me rappelle cette mignonne chansonnette : Allô Maman bobo / Maman comment tu m'as fait j'suis pas beau / Allô Maman bobo / Allô Maman bobo. Quand on n'a plus de maman, et qu'on est une grande fille, on apprend à se becquer les bobos toute seule et on ne les répand pas sur le web, direz-vous. Et vous aurez raison. Chacun son journal, chacun ses bobos. Bref, la chanson était d'Alain Souchon. J'aimerais bien la trouver pour l'incruster entre Leloup et l'autre dans mon radio.blog.

Cette insomnie, je le sens bien, est causée par l'angoisse. Ou la peur. Fort malaisé de déceler, épuisée, si je suis aux prises avec l'un ou l'autre bobo quand je n'ai pas encore identifié la bête. Je sais bien que l'angoisse c'est la peur d'une menace qui n'est qu'imaginaire, basée sur des appréhensions, alors que la peur, c'est craindre une menace qui est bien réelle. Je sens que j'explique/exprime mal. Donnerais-je une fois de plus dans le tarabiscotage et le taponnage d'états d'âme de la diariste, ô combien naïve. Ou alors certaines nuances m'échapperaient-elles. Il serait grand temps de clarifier tous ces concepts. Parce que si c'est de l'angoisse, je vais me soigner, relaxer, ne pas attendre à dimanche prochain pour partir en vacances [à la mer-e, la la lèr-e].

Angoisse ou peur, ce que je ressens, c'est comme une grosse frousse. La menace n'est pas moins réelle parce que je ne la vois/connais pas. Je l'entends rôder autour de moi comme une chienne noire en chaleur, ou bien elle est tapie dans un coin noir de ma chambre pour ne pas se faire voir, ou embusquée dans les hasards et circonstances d'un futur proche d'oû elle va sortir et me sauter en pleine figure. Avec l'angoisse, on se prend soin de, avec la peur, on se défend. Aucun être n'a la droit de s'aplatir devant la peur.

Alors autant te le dire tout de suite : Qui ou Quoi que tu sois qui cherche à me faire peur ou angoisser, la nuit prochaine, laisse-moi dormir, sinon je vais demander à Lady A. d'aller te ciseler finement les lardons qui te servent de couilles avec son petit couteau à patates, krietzsch krietzsch, pour me fabriquer des soutifs en dentelle avec.

Mais je m'égare, je m'égare. Recherche, donc. Beaucoup trop de définitions plus ou moins comme celle-ci : « ...un sentiment pénible d'attente ou une peur sans objet, la crainte d'un danger imprécis, un sentiment d'insécurité indéfinissable ». Je continue de chercher, sautant par-dessus les sites de psy qui sont légion, et je tombe sur cette perle-là, dans l'Encyclopédie de l'Agora :

L'angoisse est le possible de la liberté, seule cette angoisse-là forme par la foi l'homme absolument, en dévorant toutes les finitudes, en dénudant toutes leurs déceptions. Et quel Grand Inquisiteur dispose comme elle d'aussi atroces tortures ? et quel espion qui sache avec autant de ruse attaquer le suspect dans l'instant même de sa pire faiblesse, ni rendre aussi alléchant le piège où il le prendra, comme l'angoisse en sait l'art ? et quel juge sagace s'entend à questionner, oui à fouiller de questions l'accusé comme l'angoisse qui jamais ne le lâche, ni dans les plaisirs, ni dans le bruit, ni durant le travail, ni jour ni nuit ?
[Søren Kierkegaard, Le concept de l'angoisse, Traduit par Knud Ferlov et Jean-J. Gateau, Paris, Gallimard, 1969, «Idées» # 193, p. 160.]

Je continuerai peut-être plus tard avec le reste de mes trouvailles, sur la peur. Cette page est déjà morte - pour une page web - tellement trop longue. Je sortirai néanmoins marcher dans les sentiers du mont Royal. Longtemps.