237. test

J'ai réfléchi à l'avenir de ce journal. Résisterai à l'envie de mettre un point final au volume 4 pour repartir avec une nouvelle page [toujours blanche] qui, ma foi, n'apporterait pas grand chose à ce que nous connaissons déjà. Point n'est besoin de changer quoi que ce soit, sinon adopter quelques nouvelles contraintes d'écriture qui ne peuvent pas nuire à l'exercice. Bien évidemment. J'ai finalement loué cette maison face à la mer. Je partirai à la mi-septembre. Je ne vois plus rien avec mes yeux d'avant. La perspective a changé et c'est pour le mieux. Rester enfermée, même dans une ville comme Montréal, ça me donnait la nausée, à force. Patience. Plus que deux semaines. Peut-être est-ce la faute à mon été à Kamouraska. C'était trop bon. Bien chanceux ceux qui ne ressentent pas le besoin fou des grands espaces. Qui ne savent pas vraiment se rebeller sauf par les mots. Et qui ne connaissent pas cette envie de partir chevillée à l'âme et au corps pour aller toujours plus loin devant soi. Et puis repartir à zéro, pour un e-journal, c'est beaucoup de travail. J'aime de moins en moins travailler pour rien. Je n'ai personne en particulier à séduire, à épater. Sauf la lune. Sauf une petite lumière quelque part dans ma tête, cette instance critique qui veille pour moi. Et des lecteurs que j'aime et que je ne connais pas assez, qui sont essentiels à la vie de ce qui s'écrit - sans lecteurs, pas de survie à un texte, c'est bien connu -. Et pour quelques amis aussi. Tout ce que l'on fait, IL faut que cela soit par et pour l'amour, IL faut que CELA soit épatant. Et après, j'irai en Crimée. À Yalta. Néanmoins. Personne ne me demande de changer ceci ou cela. Ainsi je ne changerai pas sauf à laisser se changer par soi-même ce qui se change sans que j'aie à m'en mêler directement. Et même si on me le demandait, je crois bien que je m'obstinerais à ne pas bouger d'un pouce, juste pour la forme, – ou pour le fond, pourquoi pas, et parce que je suis [...]. Prière d'insérer ici tous les défauts que vous voulez. J'aime à les collectionner. Ça fait partie de la légende. Et ça donnera une manière d'équilibre à toutes ces fleurs. J'ai hâte au douze septembre au soir, je ferai un grand feu sur la falaise, et je lancerai nos cendres bleutées dans la mer. Ou ce qui en reste. Il y a encore tellement d'histoires à écrire. Je m'écrirai toujours mieux les miennes par moi-même. Jamais écrit autant de lieux communs. Sibonaque. C'était juste un test.