224. départ ?

Ainsi, j'ai lu les mémoires intimes de Simenon. Le temps s'est arrêté. Je n'avais plus la moindre envie d'écrire. Ni ici. Ni ailleurs. Pas de notes. Pas de carnets. Pas un mot. Lecture à l'état pur. Lente dégustation au ralenti.

J'ai tourné hier soir la six cent dix-septième et dernière page du père. Et je compte bien parcourir dans ce qui me reste de soirée au moins la moitié des cent trente et quelques dernières pages écrites, dictées, ou chantées par la fille. Rien ne presse. La tendre Marie-Jo me pardonnera cette petite pause. J'ai besoin de temps pour me sortir de l'univers, autant que de la plume agile et touffue de l'un, pour mieux adopter le rythme souple et hypersensible de l'autre dont j'ai lu quelques lettres en parcourant l'ouvrage.

basilic, le 5.08.2004

Déjà jeudi. Dix-huit heures trente-huit. Je reviens de faire les courses, il me reste à préparer le repas. Manger. Un peu excitée d'un tout nouveau mini-bidule qui a fait son nid dans mon grand sac noir depuis deux ou trois jours : une toute petite caméra numérique avec laquelle j'ai pu capturer quelques images dimanche, et tout à l'heure [le basilic]. Dorénavant, sur ce site, je nous régalerai, j'espère, d'images moins floues que celles de ma wc [web cam, pour les intimes].

J'aurai en même temps fini d'en quêter ici et là, je pourrai afficher et partager des parcelles de ce dehors à moi si difficile à saisir et à rendre en peu de mots. Il paraît qu'un seul mot ne vaut pas une image. Il y a des jours où plus personne n'a assez de souffle pour compter jusqu'à mille.

Je veux les deux, pour la vraie couleur. La lumière. Et les ombres. Et la patine du temps qui va se coucher par-dessus.

Caméra. Gros livre. Désirs, et rapports heureux au quotidien. L'été s'étire tranquillement comme l'échine bombée d'un chat repu et ronronnant. Me suis finalement décidée à partir ailleurs. Sans savoir où ni quand. Mais bientôt. Ça, je le sais. Quitter cette maison et la rue Hutchison. Décidé aujourd'hui. Sine qua non. Je sais que cette fois ma décision est bien prise. Inébranlable. Depuis que j'ai commencé à rassembler et à remplir mentalement les nombreux cartons dont j'aurai besoin. En ai trouvé quatre d'un format parfait pour mes livres chez Georges au coin de la rue. Louerai au mois, le temps de chercher une autre maison. Emporterai le strict minimum.

Et ce n'est pas tout. Dans mon petit jardin en pots sur la terrasse, le basilic est à son meilleur.