218. le jeu de l'oubli

Je relisais le début du Le livre brisé, avec le trou de mémoire de Doubrovsky, quand j'ai songé à la mère de J. qui avait oublié tout ce qui concerne la naissance de sa plus jeune fille. C'est du moins ce qu'elle racontait : « Je ne me souviens plus de rien. » L'heure, et le jour et la date et les circonstances et les détails et même jusqu'au souvenir de la douleur. Tout oublié. Ceux qui veulent prédire à J. son avenir avec des cartes du ciel et autres machins divinatoires prétendument scientifiques s'en arrachent les cheveux. Jouait-elle à oublier ?

Demain matin je décolle de la ville poisseuse et poussiéreuse pour me rendre à la maison rouge près du fleuve pour une des dernières longues fins de semaine de mon été sauvage. Mais auparavant, je vais remplir cette baignoire, ouvrir toutes grandes les fenêtres pour laisser entrer du bon air, allumer des bougies, mettre le Stabat Mater, et plonger.