214. sur le bout des pieds

J'ai travaillé à la composition d'un poème destiné à une jeune héroïne de Tchekhov, le dos bien callé sur un coussin russe, et je l'ai lâché quand il s'est mis à sonner comme une enfilade de petites clochettes désordonnées. Pour le reste, j'ai laissé le temps et le monde glisser sans moi.

J'ai passé plusieurs douces heures en soirée, ce soir, à somnoler sur la terrasse, allongée sur mon day bed – sorti dehors pour l'été –, et à regarder défiler les nuages blancs sur le bleu de la nuit. Quand il fait chaud, je dors là, avec pour seul toit la voûte toute nue de Montréal et je suis heureuse.

Quelques heures au téléphone, et quelques autres à lire et à me laisser dériver jusqu'à cette incroyable autant que soudaine jubilation, comme si je dansais sur le bout des pieds dans l'insoutenable cascade de la vie. Je sais depuis le début qu'elle ne m'est que prêtée ; pour combien de temps, aucune idée.