200. moments privilégiés

Je rentre quelque peu courbaturée, mais contente. Je sais que j'ai fait du bon travail. Le coeur heureux. Et j'aime par-dessus tout traverser les montagnes du Vermont, sortir de l'autoroute et prendre les chemins de traverse, et ensuite la rattraper après avoir visité quelques villages ou longé des forêts où on dirait qu'il n'y a personne d'autre que le petit Poucet et ses frères perdus. J'ai même pu dormir sur la longue route du retour. Aveu : je n'ai pas dormi au volant, il a conduit tout le long.

Il est tard pour écrire le journal – tant pis, je n'aime pas m'en éloigner trop longtemps. Dans mon courrier papier, une lettre avec une fabuleuse bonne nouvelle inattendue et l'assommoir : quatre ou cinq grosses factures incontournables, à payer. Ce que je ferai avant de rejoindre deux bras doux et tendres et le grand refuge où il a tout de suite plongé en arrivant. Faut dire qu'il revient de loin. Demain et mercredi, dernier sprint avant de partir en vacances. Bien méritées.

Il est venu me rejoindre à Boston. Lui et le grand amour [et néanmoins mari] de Marie-F. sont des amis de toujours. Ils ont longuement discuté. J'en ai profité pour lire et prendre [encore] des notes pour mon livre. Réfléchir à quelques douces pensées et folles inspirations poétiques. Flirté avec la mer. Musardé le jour sur la plage, les orteils dans le sable, sorti les samedi et dimanche soirs dans les boîtes chaudes, rouges et bruyantes de la ville, dansé avec ses mains nouées à ma taille, les miennes autour de ses larges épaules. Le nez dans son odorant cou de cerf doré. Quoi d'autre ?

Les plantes ont manqué d'eau malgré les soins dévoués de ma voisine venue les arroser tous les jours. Elle dit qu'il a venté beaucoup et que ce vent a dû les assécher. Quel temps il a fait ici quand je n'étais pas là ? Quel jour on est déjà ? Si je n'avais pas ce journal, je ne saurais le dire. carré rouge