192. lubie, lubies

Un beau dimanche avant-midi à lézarder dans le hamac violet et à observer la sagesse de Lubie la chatte. Sous un arbre vert tout en fleurs, les pétales se détachent des petits bouquets d'un beau vert-jaune accrochés aux branches sur fond de ciel bleu roi et me tombent sur la tête, s'emmêlent dans mes cheveux. Mon portable sur les genoux, je révisais pour la pénultième fois les codes xhtml, et les textes d'un recueil de poésies proposé par un lecteur poète à ses heures. Totalement envoûtée par les couleurs et les images. Un document de 99 pages.

La
chatte
a eu trois
petits minous
ça ronronne et ça
miaule dans la chaumière
et la petite ménagerie est très
intelligente, futée, ça mange, ça
boit, chacun fait sa petite affaire, ça
joue, ils se sont partagé une souris sur
le plancher du salon. À une amie qui écrit :
« tu mérites du vrai papier », je m'enflamme :
Écrire sur papier ? Je ne crois pas que c'est une
question de mérite mais de choix. Ce que nous écrivons
n'a pas moins ou plus de valeur sur internet ou sur papier.
Il se vend des tas de livres avec de la merde dedans. Très cher
la livre. Il y en a autant sur internet. Mais il y a aussi autre chose.
Parfois de la poésie. Des textes beaux comme, beaux qui font trembler,
rire et pleurer, ou qui nous secouent, qui cassent la mer gelée en nous. Les mots
doivent naître et demeurer libres là où ils sont. Libres de s'écrire là où on a envie de les poser. Je vois de moins en moins d'écart entre le livre et le web. Après tout, l'important n'est-il pas d'écrire si on en ressent la nécessité, et surtout surtout d'être lu. Ou de se taire quand on a rien à dire.