189. dehors, dedans

On me l'avait bien dit : tu vas pas faire long feu à n'écrire que le dehors dans ce journal-là. On s'est mis à le lire silencieusement [almost] et à attendre que je craque. C'est quoi cette histoire, cette lubie de n'écrire que l'extérieur ? Un défi ? Un jeu ? Peut-être. Et un exercice, une discipline. Plus. J'y reviendrai, mais aujourd'hui j'ai envie de craquer juste pour vous faire plaisir. Parce que je suis partie de la ville à l'aube en chantant, et que tout à l'heure j'ai allumé le brasero, et la viande de boeuf épaisse et rouge – entourée d'oignons et de poivrons – marine en attendant l'espoir de griller et palpiter sur le feu, et moi, j'attends de la visite pas rare, mais adorée et que néanmoins j'espère, pour manger tout à l'heure – ce soir. Cela me donne un peu de temps pour parler de me myself and I dans ce journal, une fois n'est pas coutume. Comme dit la chanson.

Avant-avant-dernière nouvelle, et pour faire changement, je prends soin du jardin et de mes fleurs, et de toutes mes amours en zigue-zaguant entre la campagne et la ville. Et j'écris [je sais, c'est pas nouveau, ça, mais je fais ce que je peux, à moins de raconter que j'efface ce que j'ai écrit avant, non ? ok]. Le manuscrit sur lequel je travaille progresse lentement, comme un train patient qui aurait à gravir une très haute montagne, avec des roches et des ronces à arracher devant, sur les rails, avant de pouvoir passer. Cet amour-là ne sera pas une entrave, bien au contraire. Et ce livre-là je l'écris à la main dans un grand cahier à reliure spirale avec une couverture rigide bleu de Prusse, acheté chez Zoubris à $12.99. C'est mon « prochain » roman. Sans vouloir faire davantage de cadeaux aux fouines qui me chopent mes pages et mes titres, je n'en dirai pas plus. Sauf à ajouter que je l'écris avec un stylo à encre noire avec des chats dessus. Essayez donc de copier ça, mister x. ? Quoi qu'il en soit, je ne suis et ne serai jamais capable de me prostituer et magouiller pour vendre des livres dans les librairies. Le jour où mon premier livre sera publié, je veux qu'il soit exceptionel, unique, et surtout pouvoir garder la tête haute. Et comme une fleur, continuer de pousser au grand soleil. C'est ce qui me permettra d'en écrire d'autres. La honte, non merci. Ma liberté a besoin de fierté pour s'exprimer. Un écrivain ne peut écrire librement s'il s'attache les deux mains avec la honte ou la culpabilité. Ou avec le fric. Bref s'il renonce une fois pour toutes à sa liberté pour une personne ou une cause, même si c'est la sienne propre. Et s'il le fait, c'est un écrivain fini. Je ne crois plus à grand chose. Mais à ça, je crois.