188. cut, cut, cut

Déjà samedi soir. Bientôt 21 heures. À ceux qui ont joui à la pensée que j'avais laissé tomber le journal, je vous le dis tout de suite, vos orgasmes présents et futurs pourraient bien être court-circuités [pour ne pas dire shuntés] grâce aux effets inoubliables de mon plus gracieux bras d'honneur. Une bonne grossièreté de temps en temps ne fera de tort à personne, n'est-il pas ? Et aux autres, à mes amis qui lisent fidèlement ou autrement, je n'ai pas d'explications à présenter, ni de plus plates excuses à formuler, pour avoir failli à vous livrer votre dose strohémienne quotidienne. Rien à justifier. Rien dans les mains, rien dans les poches. Pas de virus docteur. Pas de crimes sur la conscience votre honneur. Main sur le coeur. Je vous aime. Et je reviendrai toujours écrire forever [pour rêver toujours] et ça suffit comme ça les explications et le grand jeu de la séduction. 

C'est quoi cette histoire ? La preuve que je ne vous laisse pas tomber, ni ce journal : j'ai apporté mon assiette et j'écris en grignotant la fin de mon repas, ce qui en reste : le dernier tiers de la tranche de foie de veau que j'ai coupée fin fin fin afin de pouvoir l'avaler [du fer, il me faut du fer], un bout de baguette avec du beurre salé, des cerises, deux abricots, et une tranche de Stilton - bien bleu, qui tombe en morceaux. Et Glenn Gould et ses Variations Goldberg [l'enregistrement de 1955]. Avec ça, je devrais reprendre des forces et nous remettre un peu de mine dans le crayon.

Avant de quitter la salle à manger pour me transporter ici avec mon stock de victuailles et le verre de rosé, les nuages étaient violet sombre, ils voyageaient sur un ciel transparent d'argent, à demi caché par les murs de briques rouges et les petits supports des fils électriques, du téléphone ou du cable - en forme de tente amérindienne, sur le toit de la maison voisine, et il y en a partout. Je me sens toujours rassurée quand je vois ces petites perches tenir de si gros fils transportant le carburant qui fait fonctionner à peu près tout, c'est comme les petits bouts de tapis roulés roses et verts qui bloquent l'eau sur le bord des trottoirs dans les rues de Paris. L'artisanal survit, malgré tout, avec un côté ridicule qui me plaît plus que tout le reste. J'aime ce qui est imparfait. L'excellence et les bords trop polis de la technologie me font bailler d'ennui. Ça manque d'enchantement, et de magie. Par contre, les ordinateurs, eux, ils sont magiques. C'est ce que j'aime le plus dans l'internet, la magie. Cette ville est belle et séduisante comme une vieille prostituée unijambiste. Pause pour aller chercher un peu de pain. Pour finir mon fromage.