187. la maison verte

On pourra dire qu'elle est à moi cette maison verte au bout des champs. Et elle sera toujours mienne sans que j'y aie jamais dormi toute une nuit. Juste parce que je l'ai traversée et aimée, elle sera à moi pour la vie, et on aurait tout à la fois tort et raison de prétendre le contraire. Les maisons n'appartiennent jamais à personne sauf à ceux qui l'aiment et qui s'aiment à la folie dedans et plus tard quand il y naît des enfants avec leurs cris et les repas et les leçons de piano. Quoi qu'il en soit, j'ai vu les grands champs devant les fenêtres ouvertes, et l'air qui sent bon quand on fait la cuisine et la nuit, la montagne et les terres fraîchement labourées de chaque côté de la voie ferrée avec des bouquets d'arbres fruitiers et d'autres très vieux. J'ai tout vu. Vous. Surtout vous, je vous ai vu. Trop bien sûr, avec cet enfantin désir de m'asseoir par terre et de ne plus jamais repartir.

Dans la maison rouge, il y avait un petit carreau cassé. J'ai pris le temps, mon temps et mon coeur, et une feuille de papier de riz, et je les ai appliqués sur les pointes de verre piquantes en faisant bien attention de ne pas me couper le bout des doigts. J'ai dessiné dessus en tremblant parce que j'ai depuis toujours eu une sainte peur du sang. Une sacrée peur bleue. Sur le papier collé sur la vitre cassée-là, j'ai dessiné des fleurs de toutes les couleurs. Jaunes. Bleues. Rouges. Et beaucoup de feuilles vertes. Pour aller avec le toit de l'autre.