178. boîte à bijoux

Je suis sortie de très bonne heure ce matin pour aller au bureau. Beaucoup plus tôt que les autres jours, juste pour voir. Il faisait déjà soleil et j'ai vu les fleurs du lilas au coin de la rue Lajoie. Elles sont toutes petites, mais elles sont bien là et presque écloses. Résisté à l'envie d'en casser quelques branches pour les forcer à fleurir dans la maison avant leur temps.

Sur le terrain d'à côté, des crocus blancs et des violets. Une bonne douzaine de tulipes jaunes encore fermées. Et plein de nouvelles feuilles dans mon rosier sauvage grimpant – que j'ai oublié de rabattre l'automne dernier –. Il grandit trop vite. Et l'odeur de toutes ces fleurs en bouton, ce n'était pas là hier, j'en suis [à peu près] certaine.

Passés la vision et le parfum entêtant, atchoum, des fleurs jaunes et violettes alourdies du pollen des grand arbres en pleine floraison, j'ai tourné le coin de la ruelle et je suis arrivée nez à nez avec un paquet, que dis-je, une mule de vieilles choses abandonnées là par des gens qui ont dû déménager pendant la nuit.

C'était peut-être du butin jeté dehors après une séparation survenant à la toute fin ultime du dernier soubresaut d'une grande passion avec larmes et cris et tutti quanti quand celui qui reste là jette des trucs par la fenêtre et que ça fait du bien, quand l'homme qui sait jouer la tragédie comme un dur à cuire lance toutes les affaires de sa blonde en bas du balcon [l'antithèse de Romeo & Juliette] et qu'il crie quelque chose que je ne saisis pas – [ça se fait vous savez, un matin, je passais sur une rue et quelqu'un a lancé en criant des souliers et des chapeaux et des tas de vêtements du deuxième étage, en criant très fort sur la tête de l'autre en bas, j'ai vu ça de mes yeux vu, une fois, et j'ai tout entendu, et c'était deux hommes en pleine rupture qui se séparaient à pleine fenêtre, et c'était l'hiver].

Je ne saurai sans doute jamais ce qui s'est passé avant que ce triste [ou joyeux] bazar n'arrive là, dans ma ruelle. Je n'osais trop regarder, quand j'ai vu par terre, sortant de sous le monticule composé de vieux cartons, de lampes, de pattes de chaises cassées, de bouts de chiffons et de vêtements sortant par les trous des sacs verts, le coin d'un petit coffret en bois. Je me suis penchée, et j'ai tiré dessus. C'était une boîte à bijoux que j'ai emportée sans l'ouvrir. Je l'ai nettoyée et je refuse encore ce soir de regarder à l'intérieur, j'aime mieux rêver à ce qu'elle contient. Sans doute des lettres d'amour. Ou rien.