175. scoop

Les temps sont à la réflexion. Ce journal est sur le bord de subir une autre mutation. Pas un changement de look ni de titre, non. Son auteur ne prendra pas un pseudo bizarre pour disparaître sur le web et recommencer à zéro en s'imaginant que personne ne va la lire ni la reconnaîre. Je ne crois plus à ce type de maquillage de soi. L'envie et le besoin d'écrire ne surgissent que lorsque l'on a désespérément envie et besoin de trouver d'autres yeux pour lire, des personnes avec qui on peut écrire encore et toujours, un et d'autres coeurs à entendre battre tout près. En vivre. Se dire qu'on repart à zéro, c'est marcher dans ses vieilles traces et commettre les mêmes erreurs. Repartir à zéro, ce n'est qu'une illusion. J'ai envie de m'inventer d'autres pas de danses et pirouettes littéraires, envie d'écrire en me disant que je marche pour la première fois sur de la terre où il n'y a aucune trace de pieds. Ni les miens, ni ceux des autres.

La question de la vérité, la question portant sur ce qu'il est possible d'écrire ou pas sans se faire bouffer jusqu'au trognon dans un journal intime ne changera jamais, que ledit journal soit écrit dans un cahier caché en dessous du lit, ou publié au jour le jour sur internet.

C'est ainsi que Voyelle deviendra un journal du dehors, un compte-rendu bref et quotidien du monde qui m'entoure, un regard vers l'extérieur. Exclusivement extérieur. Et puis j'ai d'autres projets pour mes expériences sur l'en-dehors, je les laisse pour le moment mûrir et ils tomberont bien de l'arbre tout seuls en temps et lieux.

Je n'élaborerai pas davantage ce soir, puisque je m'en tiendrai à la ligne que je me suis tracée pour l'avenir de ce journal : ne pas, ne plus jamais y écrire quoi que ce soit sur ce que je ressens, ce que je fais ou pense de ma propre vie, ce que je suis et comment je suis en dedans, mes projets d'écriture, par exemple, mes réactions à ce que je vis, mes sentiments, l'amour, bref, rien concernant le corps, l'âme, la personne physique et morale et mes relations, mon travail, et les lieux et personnes qui font partie de mon univers intime. Même si je pousse l'incohérence jusqu'à le faire en vous écrivant cette page 175, la dernière qui vous parle de ce personnage qui fut moi dans ce journal intime public [j'assume tout à fait l'apparente contradiction et j'ajoute même que c'est ce jeu que je préférais à tout le reste]. Je me dis que c'est la dernière fois. On ne peut pas, n'est-ce-pas, vivre une rupture décente si on ne fait pas l'amour une toute dernière fois, je veux dire sachant qu'on va rompre ou qu'on a rompu. Sinon, c'est froid et trop cruel. Pour moi et ce journal, et vous lecteurs, y écrire sur moi une dernière fois ce qui se passe en-dedans, c'est un peu ça.

C'est quoi le scoop ? Ben, ça. Juste ça. Voyelle va regarder dehors, et écrire l'en dehors d'elle-même par rapport au dehors. Compliqué ? Mais non. J'aurais pu opérer le changement de but en blanc, sans prévenir. Ou vous laisser jouer à la devinette. Je préfère donner l'heure juste, et annoncer mes couleurs. Miaou.