164. par le commencement

Si je veux observer la loi des contrastes, qui gouverne l'ordre moral et l'ordre physique, je suis obligé de ranger dans la classe des femmes dangereuses aux gens de lettres, la femme honnête, le bas-bleu et l'actrice ; – la femme honnête, parce qu'elle appartient nécessairement à deux hommes et qu'elle est une médiocre pâture pour l'âme despotique d'un poëte ; – le bas-bleu, parce que c'est un homme manqué ; – l'actrice, parce qu'elle est frottée de littérature et qu'elle parle argot, – bref, parce que c'est une femme dans toute l'acception du mot, – le public lui étant une chose plus précieuse que l'amour.

Vous figurez-vous un poëte amoureux de sa femme et contraint de lui voir jouer un travesti ? Il me semble qu'il doive mettre le feu au théâtre.

Vous figurez-vous celui-ci obligé d'écrire un rôle pour sa femme qui n'a pas de talent ?

Et cet autre suant à rendre par des épigrammes au public de l'avant-scène les douleurs que ce public lui a faites dans l'être le plus cher, – cet être que les Orientaux enfermaient sous triples clefs, avant qu'ils ne vinssent étudier le droit à Paris ? C'est parce que tous les littérateurs ont horreur de la littérature à de certains moments, que je n'admets pour eux, – âmes libres et fières, esprits fatigués, qui ont toujours besoin de se reposer leur septième jour, – que deux classes de femmes possibles : les filles ou les femmes bêtes, – l'amour ou le pot-au-feu. – Frères, est-il besoin d'en expliquer les raisons ?

[Charles Baudelaire : Conseils aux jeunes littérateurs]

On dit que les plus belles histoires ne finissent jamais. Qu'elles continuent. Écrire un journal publiquement, il y a trop de choses qu'il faut cacher pour ne pas blesser et faire attention et finalement plus rien n'a de sens, cela devient du grand jargon incompréhensible.

Je n'arrêterai pas de croire que l'art et l'amour ont le droit d'exister, et de coexister, et j'ai envie de faire de la place dans ma vie pour les autres amours, pour celui qui s'avance vers moi sans que je le sache. Inévitablement. Tout ce que j'ai dû biffer, raturer et censurer avant et encore et ce n'est pas fini. Sans pourtant rien renier, sans renoncer ni oublier, sans la moindre amertume. C'est seule que je suis venue au monde, c'est seule que je me place devant l'écrit. Et je ne peux jamais aller plus loin qu'effleurer la surface de ma propre fiction.

Aujourd'hui ils ont peinturé les marches du grand escalier en soie de Calcutta. Une couleur aussi belle que son nom. Avec tout ça, je n'ai pas faim. Mais si je commandais des mets chinois ?

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    « En espérant partir dans la joie et ne plus jamais revenir. » [Frida Kahlo]