144. cigale, ma cigale,

Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
Les Amours des bassins, les Naïades en groupe
Voient reluire au soleil en cristaux découpés
Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois
Tressaille au son du cor ; nous n'irons plus au bois,
Où des enfants charmants riait la folle troupe
Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés.
Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.*

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Entendu à la radio vers 13 heures cinquante et quelques, aux très sérieuses Informations de Radio-Canada, cela devait être dimanche ou samedi dernier : À Londres, une troupe de théâtre expérimental cherche un malade mourant pour jouer dans une pièce qui explore le thème du tabou de la mort. La personne devra accepter d'avance que son cadavre soit exposé sur scène et ils insistent que ce n'est pas pour faire mousser la pièce.

Jouer, jouer encore un peu. Lumineux. Cette idée m'a séduite. Imaginez, même à l'agonie, même morte, pouvoir jouer sur scène. J'en rêve. L'écrivain une fois mort, il ne peut plus écrire un ligne. Seul le comédien pourrait continuer ? Je me sens même un peu jalouse de ceux qui ont eu cette idée. Sauf que je ne suis pas mourante et que, quand on est bien vivant, on ne s'improvise pas une maladie terminale et une mort prochaine annoncée comme ça [sauf peut-être sur un blog, héhé].

Question : la personne embauchée pour jouer le cadavre devra-t-elle signer un acte notarié, ou autre légal-papier du genre : je lègue mon corps à la troupe machinchouette, prière de verser l'intégralité de mon cachet ainsi que les droits et redevances à mes héritiers légaux, et bla bla bla. Mais dans tout cela, le plus savoureux, c'est que le fameux cadavre comédien mort pour vrai sera le seul à savoir son texte par coeur.

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* Théodore de Banville.

Les images d'hier et d'aujourd'hui proviennent de : Ashucan.com [Capteurs de rêves Ashucan]