142. beau minou

femme léopard_Patrick Bizouard

Quel magnifique soleil pour un presque dernier jour de printemps. La voix était tendrement reconnaissante, sincère. Mais j'avoue que lorsqu'elle m'a appelée « beau minou », ça m'a un peu désarçonnée. Vrai que je l'avais un peu mérité, parce que je l'avais écoutée pendant des heures. Elle a dit que j'écoute avec douceur, et une intensité rare. Je sais peut-être mieux écouter [et observer] que parler, ou écrire. 

Toute la semaine, j'ai dansé. Deux heures par jour. Je me suis étirée. J'ai allongé les muscles longs et minces. Mal partout, fait du bien. La Maître à danser m'a raconté ses projets, sa vie à New-York, Paris, Montréal, Tokyo, ses amants, ses amours*. Avant de partir, elle me sert un thé vert. Je bois ses mots pour les transformer en mouvements, je reprends peu à peu possession de mon corps. Je retrouve mon centre.

Toute la semaine, je me suis levée plus tôt que de bonne heure. Écrit quelques pages avant de me rendre au travail. Et après le travail, la danse. Le mur tapissé de miroirs m'intimide encore un peu.

Aujourd'hui c'était l'anniversaire de D. Je lui ai téléphoné. Je l'ai senti heureux et très proche de mon coeur [de ce qui fut moi et lui]. J'aime et je déteste en même temps ce moment dans nos conversations où ma voix devient peu à peu basse et grave, enrouée à force de le désirer de loin, à ce point qu'elle se rompt. Avec une envie soudaine de relire Proust.

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* Penser à prendre des notes sur le strabisme, ce pouvoir souverainement séducteur qu'a l'oeil de s'installer dans une position latérale.