141. une mouette tchékhovienne sur un coussin russe

fleurs désanchantoïdes

À faire aujourd'hui :

  1. d'abord répondre à mon courrier
  2. lectures et recherches sur l'abattement [au sens de profonde lassitude], en lien avec la création littéraire
  3. faire couler un bain trop chaud parfumé
  4. un saut chez ma shampouineuse-masseuse-coiffeuse
  5. trouver un moyen de faire plusieurs mots de passe pour donner l'accès au journal à ceux qui « attendent pour »
  6. écrire un long poème dans les Carnets d'hiver
  7. ne rien lire d'autre que des livres / et mon courrier, bien évidemment [juste aujourd'hui]
  8. enfiler une longue robe rouge vin, des bas à couture, et le reste
  9. sortir dîner avec Marie-Françoise
  10. revenir demain
  11. ne plus jamais faire de listes-à-faire dans le journal, c'est nul.

Le premier courrier à répondre s'adressera à J.-P. Pour lui dire qu'il a encore raison. Et que je ne sais pas pourquoi il me fait tout le temps rager, rire et pleurer aux larmes comme une petite fille. Mais ça, c'est vivre. Pour lui dire qu'il n'est pas un gros patapouf, et que si je ne lis plus jamais les Journaux des autres, surtout ceux des Satie sur un banc, je ne pourrai rire et pleurer et rager ni non plus m'occuper des Carnets rouges. Qui donc s'occuperait des Carnets rouges et de « mes auteurs », vous ?

Personne n'est responsable de mon Spleen. Vous êtes innocents, lecteurs-zé-lectrices. Et je vous aime. À vous, J.-P., je ne devrais pas, mais je vous écrirai bientôt que je vous adore. J'adore les êtres qui écrivent comme vous, et qui posent des questions embarrassantes, et qui se servent de mon « ton de voix comme pivot pour [leurs] propres recherches désenchantoïdes ». Ceux qui demandent pardon à tout bout de champ, sachant très bien qu'il n'y a rien à pardonner. Les recherches désenchantoïdes me font et me feront toujours mal parce que je ne sais pas faire autre chose que de conserver précieusement mon innocence et ma capacité d'enchantement devant l'immense beauté de la vida. Et l'amour.

J'espère ne jamais être désenchantée. Ne jamais dire : ah non, pas de visiteurs-à-fleurs. Arf. J'adore les visiteurs-à-fleurs. Vous parlez de ne pas m'offrir des fleurs coupées, et j'en ai reçues hier soir, c'est la photo. Les fleurs en pot, j'en ai achetées deux hier après-midi [un Strelitzia nicolae et l'autre, je viens de fouiller dans la poubelle pour retrouver son nom : Anthurium andreanum]. N'est-ce pas magique et de nature à vous faire oublier la désenchantoïdomanie ?

Partir ou ne pas partir en Crimée ? Si je vais en Crimée, j'irai avec vous, ou pas du tout.