134. arabesques

Freudvoll und leldvoll, gedankenvoll sein;
Hangen und Bangen in schwebender Pein;
himmelhoch jauchzend, zum Tode betrûbt:
glücklich allein ist die Seele, die liebt!

Goethe, Klärchens Lieder

Être tout à sa joie et à sa douleur, à ses pensées ;
en proie au doute et à la crainte, figé dans le tourment ;
exultant jusqu'au ciel, dolent à en mourir :
seule est heureuse l'âme qui aime !

Goethe, trad. de M. Roubinet, Chansons de Klärchen

J'ai vu les photos de Sergey Sorokin, celles de la mer noire, sur crimea.com. Je partirai en voyage, je partirai à Yalta, en Crimée. Pas au Mexique. Pas fin février, pas tout de suite. Dans un mois. Ou deux. Le temps de tout préparer. Tout ça à cause de ce journal et d'un email reçu le 26 février [extrait : « Partir au Mexique, que vous connaissez, tatata ! Quand quelque chose ne va pas, faire quelque chose d'inhabituel. Pourquoi ne pas aller à Yalta, en Crimée, voir la douce et dernière maison de Tchékhov ? Personne ne va en Crimée ! Allez-y donc, et racontez-moi »], tout ça à cause de ce lecteur « ordinairement laconique ». Et c'est la faute à mon héroïne tchékhovienne. Ce petit mot reçu vendredi, c'est un coup de pouce qui pourrait « me sauver la vie ».

J'irai donc en Crimée, à Yalta, pour le Théâtre dramatique qui porte le nom de Tchekhov, pour faire le tour de la petite maison où il a vécu et qui est devenue un musée littéraire et historique. J'irai me baigner dans la mer Noire, loger dans un vieux sanatorium rénové [ou pas], faire du vélo dans les montagnes, grimper sur les collines avec un lunch dans mon sac à dos, m'y cacher pour écrire entre deux rochers, me baigner toute nue dans la source d'un monastère abandonné, à 1250 mètres d'altitude. Y méditerai au pavillon des Vents [à 1545 m.], au bord du Grand Canyon. Marcherai nu-pieds sur les cailloux du cap Martyan. Et visiterai Yalta à pied, juste pour y vivre un peu à côté du temps suspendu. Et je vous raconterai, monsieur J.-P., surtout la petite maison. Et l'odeur du vent fou en haut des montagnes.