133. vivement l'apesanteur

L'eau chaude coule en cascadant dans une montagne de minuscules bulles parfumées au romarin. Je passerai le reste de ce vendredi soir en apesanteur. 

J'ai dix minutes pour écrire que j'ai passé la journée avec la belle Émilie dans le quartier chinois. Nous avons refait nos réserves de thé vert, de riz, de biscuits de fortune, de légumes et fruits exotiques, de poissons séchés, d'ustensiles en bambous, et de petits bols en porcelaine. Nous avons pris le temps de manger longtemps, plusieurs heures, les mets raffinés fumants et odorants, avec des baguettes.

J'ai cinq minutes pour raconter que j'ai écrit, en fin d'après-midi, un email fleuve à D, un trop long email - j'en avais perdu l'habitude depuis ma correspondance avec Jack - j'ai donc écrit un long et très tendre email de 3000 km au moins. Un pavé. Bref, nous passons notre vie à écrire des emails ou pendus au téléphone, et je songe à publier une partie de notre correspondance dans le journal [si D. est d'accord].

Il me reste 30 secondes pour noter que j'ai envoyé tout à l'heure un [trop long] email, mais pas tendre, à quelqu'un que vous ne connaissez pas. Moi non plus. Aucun intérêt.