125. u & i

Blanchie par les insomnies. Encore cette nuit. Je sors chaque soir, et je bois du vin rouge avant le concert, tout un ballon, vêtue de noir et les lèvres rouge rubis. Sortir, même - et surtout - quand ça vous vide les poches comme le petit pingouin qui mangeait des montagnes de crêpes : une fois qu'il avait le ventre bien bourré, il n'avait jamais, mais jamais d'argent pour payer, et pour le prouver il tournait ses poches à l'envers : vides. Et toc. Et donc, quand c'est comme ça, je traverse la montagne de crêpes, et après je m'installe quelque part sur le coin d'un bar ou dans un café et j'écris. Juste pour moi. Parfois, c'est pour nous.

Un peu perdue, je me suis retrouvée hier dans une église pleine de monde et vous n'y étiez pas et je vous sentais là, avec moi, si tendrement attentif, et quand j'ai glissé mon poignet recourbé comme une virgule sous la manche de votre anorak, j'ai pu m'évader jusqu'aux bancs et banquises de glace du grand nord, jusqu'à notre soif d'être ailleurs, jusqu'à l'envie soudaine de tout quitter pour aller vivre avec vous là-bas. Et puis j'ai laissé l'esprit ému s'occuper à dériver et à divaguer autour des funérailles imposantes, mais pas tristes. Nos derniers hommages à un être plus que cher.