118. rough outline [en bref]

l'ange

Dans le livre il y a des amants qui meurent avec un coup de fusil dans le coeur. Pas à la fin, mais juste au milieu. Plus je résiste à mettre en scène cet acte d'une extrême violence, plus je sens bien que je ne pourrai pas faire autrement. Un peu comme les amoureux de ce film qui avaient choisi de mourir plutôt que de retourner à leur vie l'un sans l'autre. Et tout le long du film il y avait cette musique. Et j'ai relu Werther et Tchekhov. Et Bataille, et encore Nietzsche. Je n'ai pas fini de réfléchir. Et d'autres auteurs aussi. D'autres musiques et des tableaux, et le Concerto pour piano numéro 3 de Rachmaninov. Je repense souvent à Belle du Seigneur, ces jours-ci, à la fin. Je me défends de relire Cohen, sinon je ne pourrai plus écrire une seule ligne. Ma vie est devenue une véritable obsession. Une sorte d'enfer lumieux et tragique, une immersion dans un univers, une atmosphère qui n'existent pas et qui se créent tranquillement. Et dans lequel D. m'accompagne en me dévorant le coeur et le corps.

J'avais entendu à la radio, vers le mois d'octobre ou novembre la musique d'un vieux film qui m'avait charmée il y a très longtemps, avec l'idée soudaine comme un coup de foudre, de rendre dans l'écrit cette tension/oscillation-là venue de la musique. Et j'ai tout de suite commencé à prendre des notes en me disant que je n'irais pas bien loin sans connaître le nom de l'oeuvre musicale ni même le titre du vieux film. Je crois que c'était une symphonie de Beethoven. Et le film sera plus dur à retrouver, pas eu le temps de chercher, c'était l'histoire d'amour entre une femme mariée et un soldat qui se sauvaient dans les bois pour être ensemble et ils finissaient par manger des racines pour survivre et puis par mourir - y avait-il ce coup de fusil dans le coeur ? - je ne m'en souviens plus. Mais il me semble que le soldat à la fin prenait son fusil et Bam.

Ce projet c'est pour écrire un livre sur le courage et la lâcheté. Un livre sur l'expérience extrême, le suicide par amour et l'angoisse. Je construis et pourtant j'ai des envies carnassières anormalement primaires de détruire. Je me sens opiniâtre. Féroce et déterminée. Acharnée. Il faut que je retrouve cette musique. L'écouter, et continuer d'écrire chaque jour de ma vie pour les prochains mois, pour la prochaine année, avec D. pour me soutenir. J'ai découvert que j'ai terriblement besoin de son appui et de son approbation inconditionnels. Et d'aimer, et de me laisser aimer et envahir par lui jusqu'au bout, jusqu'au cou. Pour écrire, j'en ai besoin.

Et planifier une dizaine de jours au Mexique, peut-être à Isla Mujeres vers la fin de février. Le soleil et la mer me manquent trop.