114. petites histoires avec une muse [ou un oeuf cuit au four]

oeuf

Trop à écrire. Cruel manque de temps pour fignoler une « belle » page. La solution serait le style télégraphique ou encore le blog, et puis non. M'en tenir à mes choix et à ma Script-Esthétique, quitte à faire court, et moyennant quelques aménagements incontournables : 1) relaxer ; 2) mettre un cd dans le lecteur ; et 3) vous balancer tranquillement mes petites histoires en vrac, sans trop y penser. Parce que sinon, après deux longues journées sans écrire le journal, je vais prendre trop de retard et plus personne ne saura où j'en suis [surtout moi], déjà que je fais parfois de bien curieuses ellipses, à croire que ce malheureux inconscient flottant dans les miasmes de la pensée collective, bref, que cet inconscient restera toujours ce qu'il est : une sorte de bulle de forme ovoïdale, noire, et fort difficile à décrypter [surtout dans les coins].

Alors voilà. J'avais lu dans La Steppe, que les voyageurs mangeaient des oeufs cuits au four quand ils s'arrêtaient l'après-midi pour se sustenter, faire une longue sieste couchés sous les chariots, et permettre aux chevaux de se reposer. Et comme je me laisse souvent contaminer par mes lectures en mangeant ce que les personnages mangent et en buvant ce qu'ils boivent, c'est fou, cette histoire d'oeufs cuits au four m'était restée en tête et donc hier midi j'ai fait cuire des oeufs au four en salivant à l'avance mais avec plein de points d'interrogation en tête. Et puis ça marche. C'est tout simple, et bien meilleur que des oeufs bouillis dans leur coquille. Naturellement, Tchekhov ne donnait pas la recette. Je ne sais pas pourquoi j'imaginais que les oeufs allaient éclater, mais pas du tout. Je les ai mis dans le four froid et puis j'ai tourné le bouton à 400°F pour qu'ils coagulent lentement et qu'ils soient quand même saisis par la chaleur intense et cuisent très vite. Après dix minutes exactement, je les ai sortis du four et passés sous l'eau froide, cassé les coquilles et puis nous avons dégusté. Conclusion : l'oeuf cuit au four que devait manger le petit Légorouchka lors de son voyage dans la steppe russe est délicieux, divin, savoureux, exquis, bref je manque de mots pour le qualifier et il ne ressemble à aucun des autres oeufs que j'ai mangés avant. Beaucoup plus tendre et moelleux que les oeufs cuits dans l'eau avec leur coquille.

Avec tout ça, j'ai écrit l'histoire de l'oeuf en oubliant de mettre la musique et de relaxer. Trop pressée, trop excitée. Bouleversée par le départ de D. dans quelques semaines. Besoin de me concentrer sur la vie quotidienne, les petites choses qui n'ont pas l'air importantes, et qui pourtant font que la vie est ce qu'elle est avec un parfum et un goût indéfinissables. Comme un oeuf cuit au four ?

OK, je redescends sur terre pour signaler une erreur à la page 113 : voilà une autre histoire, il faudrait changer le mot vivarium par terrarium. C'est un peu pareil et en même temps différent. Pas le temps d'expliquer. Je vous en prie. Je ferai bientôt une photo de la petite maison de verre, avant d'y mettre les plantes. Bientôt. Pas encore acheté la terre et tout ce qu'il faut. Dylan tient à s'en occuper tout seul.

Je me sens très très triste du départ prochain de Dylan. Je sais, je me répète, et je sais aussi que c'est une autre histoire. Une histoire que je raconterai [peut-être] quand il sera à l'étranger. Pour le moment, j'ai besoin de la vivre avec lui en écoutant pendant que j'écris cette page les incroyables chansons d'amour de William Sheller.

La jacinthe a presque doublé de volume et ses fleurs s'obstinent à être roses alors que la web cam s'obstine à les rendre rouges. Je n'aime pas beaucoup ça. Je fais donc la grève de jacinthe cam. Tout en essayant de trouver une solution au problème d'images. Probablement la configuration du logiciel.

Il me reste des tas de choses à écrire. L'impression d'être écartelée entre deux mondes - entre deux hommes serait plus juste et conforme à ma réalité, puisque tous les deux habitent à quelques kilomètres de ma maison -. Mais oser parler de ça publiquement ? Difficile. J'avoue que je ne sais pas comment.

L'important n'est-il pas d'aimer ? J'aime l'un. Et j'aime l'autre. Alors savoir en parler, m'exprimer librement là-dessus sans crainte d'être jugée et lapidée par la foule, - et peut-être même par les principaux intéressés, puisqu'ils n'ignorent pas l'existence de ce journal -, il n'y a que moi que ça inquiète, sans doute. Je ne sais pas pourquoi, mais j'imagine que les autres femmes sont autrement douées que moi pour écrire et parler de leur vie amoureuse et de leur vie sexuelle ouvertement, sans peur et sans crainte de préjudices graves.

Et c'est sur des questions comme celles-là que j'aimerais parfois profiter de la petite boite à commentaires sur le journal. Même si je sens bien que la plupart de mes pages se passent fort bien de commentaires instantannés et s'accomodent parfaitement de l'échange de mails ou de lettres en papier à cause du temps de réflexions et de réactions que cela permet. Et je continue de l'apprécier, tout en cherchant une ouverture vers autre chose. Ce qui fait que je songe [peut-être] à installer une boîte à commentaires on and off. Autrement dit, je la mettrais pour certains sujets seulement, mais pas tout le temps. Mais est-ce que cela est faisable ? cela est une autre histoire.

Muse : un oeuf cuit au four