88. le conte et les muses

Et je sentais la vie monter en moi comme un lac intérieur qui s'enfle et qui déborde ; mon sang battait avec force dans mes artères ; ma jeunesse, si longtemps comprimée, éclatait tout d'un coup comme l'aloès qui met cent ans à fleurir et qui éclôt avec un coup de tonnerre.

Théophile Gautier, La morte amoureuse

Clio_Vermeer

Relu Gautier.

Hier et aujourd'hui, le calme s'est réinstallé au travers des repas du soir pris en famille et des petits matins qui s'étirent aussi paresseusement qu'un chat — sous la neige — et moi avec.

Ça m'a donné l'envie de composer un petit conte dans lequel je ferais galoper un cheval blanc que je monterai en amazone. Je porterai une longue cape en velours grenat. Il y aura ce cheval ailé, avec vous et moi assis dessus. Et des violons et des roses que vous aurez pris soin de natter dans la longue crinière de l'animal. Comme dans les tableaux de Chagall, le cheval volera dans le ciel et il aura une couverture sur le dos avec des broderies et des franges. Et vous porterez un habit noir avec une veste longue qui se divise en deux dans le dos. Et autour il y aura l'immensité. L'éternité toute blanche. Il y aura le soleil, de grands marais avec de l'eau vert émeraude. Des nénuphars. Et des bouleaux. Et nous traverserons les pays inconnus des Dieux et nous entendrons des alleluias. Il y aura des chansons de Cohen. Des cantiques anciens. Profanes. J'inventerai des lieux loin de la ville juste pour nous deux. Et des milliers de chevaux sauvages feront un cercle pour nous isoler. Nous entendrons toutes les guitares et les gens de tous les mondes les exterminés les génocidés seront consolés, apaisés. Libérés vous les entendrez crier de joie dans la chevauchée. Il y aura un cheval blanc. Vous m'emmènerez défier le soleil et l'éternité. L'immensité. J'ai bien peur que tout ceci ne soit qu'un rêve. J'ai envie d'écrire un conte avec les milliers de chevaux blancs qui sera un hymne à l'amour. Je l'entends déjà...

Et envie aussi de vous faire entendre le Noël huron. Vieux cantique écrit vers 1640 par le père Jean de Brébeuf, l'une des premières chansons écrites au Canada. Probablement un remake d'un Noël du XVIe siècle dont la musique avait été empruntée à une vieille chanson d'amour [Une jeune pucelle]. Source : D'où viennent nos chants de Noël. J'aime particulièrement cette version du Cantique Huron, magnifiquement interprété en wendat, en français et en anglais par Heather Dale [http://www.heatherdale.com/music/] :

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MUSES : Claude Léveillée et sa chanson : « Légende du cheval blanc ». Chagall. Gautier. Vermeer. Clio. Et vous.