81. s'aimer à se décrocher la lune

En sortant du bureau, j'ai su que je ne pouvais plus rester dans cette ville une journée de plus. Une fois à la maison, j'ai pris un de mes vieux grands sacs de toile vert kaki de l'armée canadienne et j'y ai fourré pêle-mêle pyjama et brosse à dents, jeans et t-shirts, livres, cahiers, crayons, pastels, encres, plumes et pinceaux, et bougies, chocolat, quelques chandails de laine et des biscuits et trois pommes et de l'eau pour la route. Et le portable avec les fils, la batterie, les notes pour arriver à me connecter à l'internet de là-bas. Après un dernier coup de fil, j'ai pris tout doucement la route du bas du fleuve dans le trafic pourri du vendredi soir.

Sur la 20, c'est sur la 20 que la lune est apparue encore une fois. J'ai pensé aux bains de lune les seins nus. Elle m'a guidée tout le long du chemin, bien accrochée au centre du pare-brise. Avec un grand espace blanc qu'elle creusait par en dedans. Je sais pourquoi ça me fait ça. Et c'est bon.

Cette lune de décembre 2003 est la plus belle que j'ai vue depuis des lustres. Ce soir je dors à Kamouraska. Je suis si fatiguée. Vous pouvez pas savoir.