78. l'amour et la légende

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Noël bientôt. Impossible d'y échapper. Dès que je suis sortie du lit et que j'ai tiré les rideaux, j'ai vu Noël arriver avec la neige épaisse tombée durant la nuit — et ma voisine Renée dans la cour, affairée à déneiger sa Toyota avec son balai dans la laine noire de son long manteau, devenue toute blanche, avait des allures de bonhomme de neige.

Oui. Noël bientôt. Et impossible de ne pas y penser quand j'ouvre la radio [à 100,7 FM, c'est la faute au Pirate maboule] et que les ondes sont envahies par des chants et de la musique de Noël enregistrés dans toutes les langues et par les plus grands orchestres du monde. Et puis il y a les décorations et le clinquant scintillant qui se sont accrochés aux devantures des maisons et des magasins au lendemain de l'Halloween. Malgré tout ça, malgré tout le tape à l'oeil et le cirque commercial, je ne peux résister à Noël. Noël est une fête. Et j'aime les fêtes.

Noël me fait du bien. Je profite de cette beauté nouvelle qui s'installe, le blanc, les sons, cette espèce de magie un peu factice, profane. Païenne. Il faut savoir profaner les idoles. Donc. Je saute dans le rêve à pieds joints. Noël ce n'est pas seulement la nuit du 24, ni le 25, Noël c'est surtout l'amour mis à s'y préparer. Et l'attendre en rêvant.

Et l'attendre. Se refaire une beauté intérieure et extérieure et s'ouvrir aux autres pour la leur donner, pour leur donner tout de soi. Je n'ai pas encore songé à décorer la maison, jamais avant mon anniversaire (le 15) — sauf laisser brûler en permanence une longue bougie blanche dans une flute en cristal.

J'ai apprécié ce matin la découverte d'un album de chants traditionnels enregistré par le Choeur de chambre de Rimouski, à la cathédrale de Rimouski. On peut en écouter de courts extraits sur rimouskiweb.com. Entendre la voix riche et ambrée de Lucie Gendron, c'est aimer Noël, retrouver son sens profond : l'amour. Depuis quelques années je ne vois plus cette fête d'un oeil aussi soupçonneux. Ma théorie, ou esthétique de Noël vaut ce qu'elle vaut, mais c'est la mienne. Et chaque année, j'en apprends un peu plus.

Noël m'a longtemps plongée dans une nostalgie terrible parce que j'écoutais trop le discours anti-Noël, et les déprimés-à-l'année-mais-à-nowel-c'est-pire, et je me laissais contaminer par ça. Et je détestais comme plein de gens cet esprit de Noël artificiel et triste. Sauf que c'est loin d'être triste Noël, bien au contraire, et je vivais de grands moments, des ilots de bonheur pur avec mes amours, des jours et des soirs lumineux, intenses. D'où ma théorie.

Et mon hypothèse sur Noël est la suivante : croire que le clinquant, le faux et l'artificiel, bref, le superficiel qui annonce la fête, ne seraient là que pour cacher, pour tenter de recouvrir quelque chose de profond et qui fait mal dans le but nous en éloigner ; mais ça ne marche pas. J'imagine que ce point douloureux, névralgique, les hommes ne veulent plus le voir. Alors depuis que j'ai échafaudé cette hypothèse, je me suis mise à chercher le sens profond, la signification. Et c'est depuis ce temps-là que plus je découvre, plus j'aime Noël. J'ai dit que Noël c'est l'amour ? J'avais raison, comme toujours :-)))

Et j'ajouterai que Noël c'est la lumière venue de la légende. Et c'est pour ça que la fête existe, pour que vivent la et les légendes transmises depuis que le monde en parle et peut écrire. C'est un pan brillant et coloré de la tradition orale et écrite, une tradition chantée et jouée qu'il ne faut pas enterrer parce que le commerce cherche à se l'accaparer — pour faire tomber les gros sous dans la tirelire de l'oncle Picsou.


Pour fêter la première belle grosse neige de mon hiver, je suis sortie marcher une heure. Une heure dans les ruelles de la ville à laisser les flocons voltiger sur le bout de mon nez.