73. danser dans la ville mouillée de neige

L'amour est proche parent de la mort. J'avance avec le désir de plus en plus affirmé de poursuivre l'écriture en ligne dans cette manière de journal. D'autant plus que mes réflexions et expériences ont tendance à s'éloigner du partageable ou du dicible [l'immédiat]. Je ressens toujours cette folle envie qui m'habitait au tout début : celle d'explorer la forme autant que le matériau, plutôt que de m'explorer moi-même, ou mes proches. Et à ce rythme là, je sens que je n'aurai jamais fini. Une chose que je sais d'instinct, et qui se confirme avec l'expérience : le sujet, le je, ce n'est pas moi, ni la personne qui écrit. Le sujet, c'est le langage : l'écriture, des mots et des sons qui s'agencent et s'organisent pour soi et ceux qui lisent comme un jeu, un jeu pareil que dans la vie : la roulette, le jeu de l'oie, le parchési, les échecs, les jeux de cartes et de dés, les tarots.

Avec Voyelle, je ne m'éloigne pas de l'esprit Love and Writing, je ne pense pas. Voyelle écrira l'amour jusqu'à prouver son inexistence temporelle. Sa justification. Sa puissance. Le placer au centre, me complaire à le chercher, à l'exalter, et à le fabriquer quand il n'existe pas.

Ce journal, ne supporte toujours pas la cohérence et l'uniformité. Je sais, je me répète. Et cela me plaït.

Il ne trouvera jamais d'autres sens ailleurs que dans la mouvance, l'errance, et les chemins de traverse, et dans le chaud et le froid, le dedans, le dehors et la neige trop blanche de ce samedi tendre comme de un ventre d'oiseau, la neige émousse et dilue la dureté de la pluie et des grands vents pendant que j'essaie de construire des murs solides entre le journal, le roman à venir, et tout un pan de ma vie, des cloisons étanches avec de petites canalisations pour respirer et continuer les explorations, le travail en douceur sur la langue, et pour le prochain livre, je commence tranquillement à rassembler les oeuvres mères, la musique, les tableaux, la danse. J'en arrive ainsi à tomber d'épuisement à force d'errances dans la ville mouillée.