71. un certain regard

Quand il a pour la première fois posé ses yeux dans les miens, il n'a pas détourné le regard avant une bonne minute, peut-être même deux ou trois. Ça m'a légèrement troublée, mais je n'avais pas envie de regarder ailleurs que dans ces yeux noir-là, clairs et francs. C'était vers le 9 septembre. Je lai revu presque tous les jours, et chaque fois ça me faisait un drôle de petit critsh-croutsh en dedans. Quelque chose qui me met de bonne humeur et qui me rend heureuse.

Et je me disais : c'est quoi ça, c'est pas le printemps et tu n'es pas une ado. Peut-être que tu en as assez de cette traversée du désert, c'est pour ça qu'il te fait cet effet, c'est pas autre chose, surtout pas.

Et puis hier après-midi, je pensais à lui en travaillant [aveu: je pensais à lui très fort, avec des fantasmes pas racontables en essayant de travailler] et puis il est venu cogner à la porte de mon bureau. Je me suis sentie rougir en lui disant d'entrer, et c'était comme s'il m'avait prise sur le fait, qu'il savait ce qui se jouait en moi. Je me suis efforcée de rester calme, mais ce n'était pas facile, je crois avoir un peu bafouillé, j'avais chaud, et je n'avais surtout pas envie qu'il s'en rende compte. Mais je l'ai senti troublé lui aussi. Et ce regard, comme j'aime ce regard noir. Et comme j'aime ce grand bouleversement intérieur que je n'ai pas ressenti depuis une éternité. Je dois couver quelque chose.