58. blanc moi

Duras : « C'est dans la reprise des temps par l'imaginaire que le souffle est rendu à la vie. »

Mon histoire, l'histoire de ma vie, il ne faut pas s'attendre à la trouver dans ce journal. Parce qu'elle est blanche. Blanc moi. Je respire et elle se construit, je mange, je bois et elle s'invente. L'écriture transforme, le miroir des mots déforme ma réalité, le monde, les livres, la ville, le sens, le sexe, tout le reste. Une vie n'a pas d'histoires. L'histoire de ma vie, l'histoire de ce que j'ai fait aujourd'hui, hier, l'été dernier, les dix dernières années, cela n'existe pas. Sa légende ou son roman, peut-être. De tout petits morceaux de cette vie pointent et chuchotent dans les pages d'un journal public – dit intime – qui s'écrit au jour le jour, – et qui ne prétend pas à la perfection ni à l'égalité ni à la cohérence sauf à s'y consacrer corps et âme dans une écriture sans illusions, au plus près de ce qui se passe dedans ou dehors. Sans forcer, sans insister, pour laisser glisser les mots comme des rayons de lune sur son corps nu dans les fleurs de pommiers les nuits de brume. Un peu de rêve madame Strohem ? Si señor.