56. manuscrit [the end]

La vie est belle. Confortablement installée dans un café du Mile-End, j'ai écrit aujourd'hui les trois dernières pages d'un manuscrit de trois cents et quelques pages écrit quasiment tout d'une traite depuis plusieurs mois [trop], et dans un secret relativement bien gardé, assez en tout cas pour le protéger de la contamination par le journal. Ce qui ne fut pas le cas d'Épiphanie [...]

Argument : le journal en ligne n'est pas un lieu pour écrire un journal création, lire le dossier d'accompagnement/réflexion d'un projet de livre [un premier, surtout]. Cela pourrait paraître évident à n'importe qui, sauf à moi. Téméraire ? Naïve ? Pensez ce que vous voulez. J'ai eu la tentation, la folie d'essayer, l'envie de rencontrer les moulins à vent, comme don Quichotte. Je l'ai fait.

Et il aura fallu que je vive toutes les étapes de l'expérience ainsi que toutes les incongruités du genre pour comprendre que ce dossier « Épiphanie », qui dort sur le web, témoin d'un roman qui dort lui aussi - de son dernier sommeil - au fond d'un tiroir, aura profité à n'importe qui sauf à moi. Si je m'écoutais, je serais tentée de rouvrir le sac poubelle orange en plastique de l'autre soir pour cracher dedans.

J'imagine et je concède pour ma défense que certaines variables ont échappé au contrôle de l'expérimentation. Et je ne regrette rien. J'apprends.

Finalement, après cette folle inspiration d'un meurtre littéraire inséré dimanche à la page 83 du manuscrit, les dernières pages ont coulé de source dans une chaude couleur rouge sang durant presque 48 heures non-stop. Ainsi j'ai pu mettre le point final à une histoire bel et bien finie dans ce qu'elle a de plus terminée. Ainsi je me retrouve libérée et libre comme l'air que je respire. Ainsi soit-il.