47. huit heures du matin

La maison est vide. Vide comme ce journal, depuis mercredi. Juste une grippe et... l'absence. Il n'y a plus de pain. Ni de lait. Pas de café non plus. Judith n'est plus là. Et le grand amour qui se cache sous le lit. C'est pas avec ça qu'on fait un dimanche.

Il est grand temps que je sorte d'ici. Je vais me trouver une table au Figaro, demander qu'on me prépare des oeufs brouillés, une montagne de toasts bien beurrés et un grand bol de café. Essayer de lire.

Nodding against the wall,
  the flowers
Sneeze

Jack Kerouac : Book of Haikus

*

Quatre heures de l'après-midi. Non. Trois heures.

Voilà qu'ils ont changé l'heure quelque part cette nuit et je viens de m'en apercevoir. Je ne vis pas sur la même planète ? Je note le jour et l'heure dans ce journal, mais tout cela n'a aucune importance. Mesurer le temps, noter l'heure et le jour est un geste futile, ce qu'il y a de plus fictif.

Lu D.H. Lawrence. L'amour serait comme le mouvement des marées, la pompe du coeur : systole, diastole. Rien de plus, rien de moins. L'amour n'existe pas sans la séparation. L'homme et la femme seraient aussi parfaits, dans l'absolu, qu'une rose. L'amour n'existerait pas sans la séparation. Bis. Et je suis bien placée pour le savoir. Il faudrait seulement apprendre à demeurer confiant et se regarder fleurir. Des comparaisons entre l'amour sacré et le profane. Je choisis l'un pour mieux avoir les deux. Mieux se projeter en avant. Dans cette obsession de me construire, et reconstruire. Entrer dans la vague.