45. l'arbre bleu

Marchant sous le vent qui a tourné mon parapluie à l'envers toute la sainte journée, je me suis imaginée forte et résistante comme un arbre. Les pieds détrempés, j'ai tenu debout. Et je me suis élancée, j'ai marché, marché, luttant pour garder mon équilibre dans les courants d'air froids et mouillés, un large foulard de la plus douce et pure virgin wool de Saint-Pascal Kamouraska noué autour du cou [un peu piquant, quand même].

J'ai reçu une photo de la bambouseraie de la Source bleue où j'ai passé du bon temps cet été. Décidé de la coller sur cette page, avec la bénédiction de son auteur. Et je me suis souvenue des longs arbres au tronc mince qui puisaient leur eau dans la source bleutée comme une chanson lente.

J'ai vu les gouttes de pluie furieuses descendre d'un jet et me fouetter le visage en buvant leur lumière. Et j'ai redressé le dos pour marcher au vent, tendue comme un arc vers un point lointain, indistinct, quelque part au-dessus du monde et de la cime des marronniers surpris de se voir arracher leurs fruits par des bêtes plus féroces que les écureuils affamés. C'est comme ça que j'ai pu passer au-travers toute une journée de travail pas facile. Vraiment pas. Ce soir, pas une seule étoile, et je ne sais plus parler quand elles nous désertent d'un seul coup, si muettes. Toute la souffrance du monde, ça me tue.

Les seules vraies forces sont intérieures, mais nourries de l'extérieur, et nourries de l'Autre aimé. Et, comme l'arbre le fait avec sa propre sève et l'eau du lac et avec la pluie, je m'abreuve par en-dedans-dehors, lentement, sans fléchir, me remplissant d'énergie matin après matin. In love. Ni avec vous, ni sans vous.