44. la maison douce

Reprendre le fil. Ne pas me laisser interrompre par les murmures de la maison douce. Réentendu et relu des passages de Joyce, Stein, Aquin, Mansfield. Avec l'envie de continuer ma réflexion sur l'amour et l'exotisme. Je n'ai pas encore abordé les paradoxes, ni les principaux arguments. Soit ils m'échappent, soit je les fuis, comme toujours. Tout est encore à construire et c'est tant mieux.

À la nuit tombée, j'ai préparé un couscous à l'agneau trop épicé qui aurait été dans les goûts de Judith. Je ne suis même plus triste [mensonge] quand je pense à elle, toujours exubérante et vivante dans un monde qui joue si faux que ça me brûle les yeux et me casse les oreilles [c'est pareil]. Heureusement, il y a des exceptions, des personnes lumineuses avec qui j'aime regarder le jour et discuter, et me taire un peu, pour les écouter, et passer du bon temps, des instants pleins et chauds, tout ronds. Comme aujourd'hui.

J'ai encore trop marché sur ce pied qui fait mal et j'ai vu une grande image sur papier glacé d'un nu de femme, le dos en face d'une fenêtre ensoleillée. Il semblait y avoir de l'or sur ses épaules, et pourtant la photo était en noir et blanc.

Finalement, j'ai savouré le couscous en lisant quelques pages, au hasard, des trois livres [ayant chacun une histoire peu commune] qui me sont tombés dans les mains cet après-midi : Book of Haïkus, de Jack Kerouac, La Maison des feuilles, de Mark Z. Danielewski, Love, Sex, Men, and Women, de D. H. Lawrence. Excitant mélange. En blanc, noir, et rouge. Dans l'ordre.