33. vérité

B. est arrivé. En face de lui, j'ai l'impression d'être un personnage de roman. Nous avons passé la soirée sur la terrasse malgré le froid [mais collés au brasero] à manger des sushis, boire du vin blanc, et parler un peu de Judith que nous aimions tant tous les deux, à mesurer nos mensonges et vérités, nous les avouant l'un à l'autre. Nous avons eu chaud et commencé à trembler un peu.

Dans la vie de tous les jours, j'ai pleinement conscience de l'utilité, voire de la nécessité, d'assumer pleinement mon personnage, comme pour peaufiner inlassablement la « sculputure de soi ». Quand ce personnage devient trop crédible, est-ce que nous mentons et sommes d'habiles comédiens, ou bien sommes-nous seulement plus réels ?

S'il m'arrivait de négliger le personnage pour crier la vérité sans jouer, cela sonnerait faux, on croirait à la fabulation ou à la mise en scène. 

C'est seulement quand je ressens ce sentiment de jouer, d'habiter le personnage, d'être une autre [cette autre en moi que je construis], que surgit la vérité, et toutes les personnes intuitives et méfiantes de nature, simples et entières, croient en moi d'instinct. Et maintenant B.