Je n'ai pas réussi à créer un blog dans la marge, un petit carnet pour noter à côté, comme j'en rêvais. J'ai jubilé, j'ai cru comprendre, trouver, et puis ça n'a pas marché. J'ai laissé passer du temps, réessayé. Expérimenté. Ça ne marche pas davantage. Alors j'abandonne l'idée.

Exactement comme j'ai abandonné le premier projet d'Épiphanie, pour fuir le factice et la caricature. Fuir, c'est pour toujours continuer, suivre le mouvement de ma vie, et celui de l'écriture. Vivre libre et sans attaches. Ce journal devra changer encore et revenir à sa forme la plus simple. Je veux épurer. Jeter. Oser. Abandonner. Mourir cent fois par jour pour renaître au soleil et à la pluie.

Je construis. En silence. Je mange du chocolat et j'épluche de mes dix doigts une grosse orange. Le jus rouge sang gicle. Sauf que. La lame de mes ongles est trop mince, la soie légère. Le jardin Éden caché dans les vieux livres, je lis le jardin, les bouquets d'anémones doubles, les aloes d'Amérique à feuilles se terminant en un long aiguillon, l'orange sanguine, la Citrus aurantium melitense qui sera célèbre pour toute l'éternité ; c'est ce que désirait l'auteur de l'ouvrage réalisé à Paris, il y a longtemps, par les agents du Prince Eugène de Savoie, et relié aussi luxueusement que le Florilège, exemplaire unique d'une série d'empreintes végétales : autophytotypies en grand format avec lavis. Quatre volumes. Des centaines d'images et de mots. Sarebbe vissuto famoso in eterno. Oser, ou ne pas vivre.