breakdown [bis]

Une araignée m'a piquée sur le ventre. Je l'ai vue marcher un soir sur le drap de lin blanc, elle était grosse et jaune, et ronde, avec des milliers de pattes velues. Avec la lampe de poche, je l'ai chassée, obligée à fuir dans les joncs mouillés. Elle a dû revenir pendant que je dormais et elle m'a piquée. Après trois jours c'est encore enflé et rouge. C'est ça dormir à la belle étoile. Et je me fiche de ces piqûres. Je les aime bien. J'aime croire que c'est ce qui me donne cette légère fièvre, le mal de tête et la nausée et puis le breakdown. Elle somatise, docteur ?

Les araignées n'ont ni dieu ni maître. Ni bureaucratie ni procédures. Je suis encore malade. Hier j'ai senti que Paris m'abimait, me violentait. Toute cette chaleur et les gens pressés, harassés. J'ai fui à la campagne. Dormi 18 heures. Ce matin, le jardin est accueillant. La petite chatte folle a dormi dans mon lit. La petite chatte folle et noire n'a ni dieu ni maître, elle est sans cigarette, sans cravate. Libre.

J'ai déniché un disque de Bob Dylan. Je rentre au Québec demain. Prière de ne pas vous inquiéter pour ma tristesse. Le breakdown est profond quand il survient, mais elle sait rebondir du bon côté des choses. Je serai peut-être quelques jours sans écrire. Don't worry. Je vais défaire ma valise. Et tenter de reprendre pied. Écouter Dylan :

Come writers and critics/Who prophesize with your pen/And keep your eyes wide/The chance won't come again/And don't speak too soon/For the wheel's still in spin/And there's no tellin' who/That it's namin'./For the loser now/Will be later to win/For the times they are a-changin'.