299. so long, my love

Ampelopsis arborea

Le soir, jeudi soir tard, je suis encore ici pour écrire ce damné journal et pourtant c'est l'avant dernière page et je sens bien que je devrais raconter des choses plus « significatives », sinon « signifiantes », [mais who cares ?] et il y a aussi que je prends l'avion demain et il fait si chaud. Je suis bel et bien scotchée ici [sauf que je ne bois pas de scotch, beurk].

Au lieu de me préparer et de faire ma valise, j'ai cuisiné comme si j'allais partir dans trois [3] semaines. Claude est arrivé, et Isa aussi et on a parlé et ri et coloré quelques mèches de mes cheveux fous. Avec des bisous pour la route et des petites listes de choses à rapporter de là-bas, style « Purée Mousseline ». Indispensable. Promis, je vais en rapporter des tas de petits sachets dans ma valise à double-fond. Et puis des petits savons. Bon. Ce soir, curieusement, c'est shabbat et ça chante pas du tout. Certains shabbat rue Hutchison sont hyper silencieux et d'autres pas. Je me demande bien pourquoi [ça, c'est parce que c'est pas shabbat du tout : c'est jeudi - arf/j'avais trop hâte]. Maintenant, il est tard. La maison est vide. Je fais ma valise ? Non. J'écris et j'écoute Cohen comme si c'était le dernier jour de ma vie parce que c'est ça que j'aimerais faire si c'était le dernier jour de ma vie : écrire et écouter les chansons de Léonard C. Ou encore lire M. Duras. Ou quelque chose comme ça. Ou Belle du Seigneur, de l'autre Cohen. Toujours avec l'idée que je prends l'avion demain.

Demain la page 300. Je crains de ne pas avoir ni le temps ni le courage de l'écrire. J'ai le trac. Un trac fou. Je lâcherai tout. Comme une faignasse. Je ferai pas ma valise avant le dernier moment : quinze minutes avant que le taxi ne sonne à la porte. Je ferai pas le ménage non plus. Ne laverai pas les planchers à grande eau comme chaque semaine. Ne changerai pas les draps ni les serviettes et caetera. Judit et YMMF sont très bien capables d'y voir sans mes soins et d'y prendre plaisir en plus.

Quoi qu'il en soit, un autre chat est arrivé aujourd'hui dans cette maison, et il s'appelle Hercule. Il se promène partout sans faire craquer les parquets. Il a l'air heureux. Yo tambien. Ainsi donc, je prends l'avion pour Paris dans moins de douze heures et je suis venue à bout de mes [dino]virus. Encore heureux. Et puis j'ai téléchargé [shame on me] presque trois albums de Leonard Cohen : mon délire de l'heure. Inutile de vous dire que j'écoute du Cohen tout le temps depuis une semaine et que j'y passerai une partie de la nuit. Histoire de descendre doucement vers cet autre continent où se trouve une grande partie de mon sang et de mon âme. Maya douchka. Il y a des jours où cette déchirure entre les deux mondes me fait du bien.

So long, my love.

_______________
Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants [http://aquat1.ifas.ufl.edu/]. Used with permission.