282. avec d., jour 3

love, aimer, ai, psetseninuta

D. s'est levé très tôt et il est sorti acheter des croissants au beurre. Il a fait le café et il a chargé un grand plateau de saumon fumé et de confitures et de toutes sortes de gâteries et de fleurs aussi et il a apporté tout ça dans le grand lit. C'est exactement de cela dont j'avais besoin ce matin.

J'ai commencé la ménage de la bibliothèque. Comme je ne peux jamais ranger mes livres sans en butiner quelques uns au passage, voici celui que D. m'a gentiment pris des mains pour le déclamer pendant que j'écris. Extrait de L'Omblic des Limbes, d'Antonin Artaud :

Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.

Et voici le triangle d'eau
qui marche d'un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.

Sous les seins de la terre hideuse
dieu-la-chienne s'est retiré,
des seins de terre et d'eau gelée
qui pourrissent sa langue creuse.

Et voici la vierge-au-marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l'horrible niveau.

Ce texte est beau à hurler. Mais il y a dans cette bibliothèque quelques livres qui n'ont aucun intérêt et qui serviront tout à l'heure à allumer le brasero pour faire cuire la viande rouge.