278. l'écriture ou l'amour

Ce journal publié sur l'Internet pourrait être un herbier où coller mes fleurs séchées, ou bien il pourrait être un cimetière où j'enterre mes morts, mais ce n'est pas le cas. Ce qu'il est vraiment, je ne sais pas le définir ni en tracer les contours. Jamais eu envie de formuler une définition. Cette opération se fait toute seule, comme en creux. Et j'aime caresser l'idée, l'ambition, que les pages de ce journal demeureront indéfiniment vivantes.

Devant cette vie propre que le journal revendique, je ne suis pas toujours respectueuse envers lui, mais avide, comme pressée de le retrouver jour après jour. Ou de l'envoyer promener, quand j'en ai marre et que ça va mal, quand j'ai l'impression que cette aventure ne mène nulle part. J'ai toujours jugé bon de traverser ces crises en les écrivant pour mieux les vivre et ne pas les escamoter ni les renier parce que je sentais bien qu'elles faisaient partie du lot « journal online ».

J'ai toujours su bien avant de le lire que ça pouvait lasser certains lecteurs qui n'aiment pas trop entendre parler de l'acte d'écriture [d'un journal] et qui s'intéressent d'abord et avant tout à la vie de l'auteur et à celle de ses proches, à ses états d'âme et à ses expériences et tout ça. On m'a critiquée parfois de manière fort virulente. Méchante et gratuite aussi. Ça sentait trop fort le venin et la mesquinerie pour que je choisisse de ne jamais réagir publiquement à des attaques qui n'avaient d'autre but, finalement, qu'à attirer mes lecteurs sur le terrain « ennemi » vindicatif. J'ai lu. J'ai pris note. Mais je ne vois pas pourquoi j'aurais changé ma façon d'être et le sujet même de mon écriture dans ce journal pour faire plaisir à des gens qui ne m'apprécient pas. L'internet regorge de blogs : faites vos jeux et oubliez-moi, me disais-je.

J'écris avec ce que je suis et je ne cherche pas à séduire quiconque, ni à devenir populaire, aimée, ou célèbre, ni à caqueter pour une petite [basse-]cour et encore moins pour devenir le chef d'une tribu imaginaire. Je suis maladroite ? Tant mieux. Je cultiverai donc l'esthétique de la maladresse. Je vous énerve ? Tant mieux. C'est peut-être le signe que vous n'êtes pas tout à fait morts et mortes. Hope so.

D'où qu'elle vienne, la voix qui parle dans ce journal est un cri : qui cherche le contact, qui veut toucher l'autre moitié de moi-même, toucher cet étranger de qui j'ai peur et de qui je suis séparée, toucher l'autre, les autres. Que je suis et que je fuis et re-fuis. Il y a trop de qui et de que dans cette phrase ? Je m'en fiche royalement ! Pas envie d'écrire pour faire joli.

Écrire ce journal c'est avant tout écrire. Et rien d'autre. Qui donc a dit : si l'écriture ne vous aide pas à vivre, faites autre chose ? Et, par extension, pourrait-on dire : si le journal ne vous aide pas à vivre, faites autre chose. Lisez autre chose

Quoi qu'il en soit, et comme je l'ai déjà annoncé, le cahier Love and Writing Project va se refermer à la page 300. Et sur un vrai beau rideau de velours rouge. Bientôt. Plus que 22 pages. Après, la parenthèse du projet L'écriture ou l'amour se refermera, et j'ouvrirai un autre cahier. C'est quand même étrange que j'aie mis autant de temps à trouver un équivalent français pour le titre de ce journal. L'avait peur ?