275. kiss me

fleuve salicaire

salicaire

Dans une vitre de la grande cuisine au plafond bas elle a écrit : « L'humanité est un sac de graines, seules celles qui s'en échappent fleurissent. » Elle est sortie pour la soirée. Kiss me. J'écoute Laurence Revey, et Laïs. Je dormirai dans le bureau. Elle m'a fait choisir entre cette pièce, ou sa chambre. Par la fenêtre je regarde le fleuve en rêvant d'habiter là pour toujours comme dans un refuge qui me protégerait contre les coups durs de la vie. Je lave la vaisselle, je lave, et je range. Je me demande si j'ai envie de sortir. Je reste là et j'allume l'ordinateur. La chatte a eu trois petits minous et elle n'avait que sept mois. Si petite et déjà mère. Je suis fatiguée. J'ai téléphoné à mon frère. C'est sa femme qui a répondu, étrangement, et comme si elle était lui. Ils sont ensemble depuis si longtemps, je les imagine interchangeables, ou encore ils font comme si. Je n'ai aucun regret de ne pas avoir vécu au quotidien avec un homme [ou une femme]. Très longtemps, je veux dire. Faux. Parfois je me demande ce que cela aurait pu être si... Mais je veux demain. Demain sera une journée fort éprouvante. Pour demain, j'ai un peu peur. Je les reverrai demain, tous. J'en ai envie et en même temps, ça me fait bizarre en dedans. Avec elle nous avons marché jusqu'au fleuve, cueilli de gros bouquets de fleurs sauvages sur le bord des fossés. La salicaire est dans l'eau des grands pots de cristal avec les marguerites et des feuillages de quenouille. Je lis ce qu'elle a écrit sur les murs de la maison, et dans les vitres, et sur des bouts de papier. Dans sa maison il y a des livres partout. Elle dit je ne pourrais pas vivre sans. J'entends les cloches de l'église qui sonnent toutes les heures. Presque. Je sortirai. Je vais la rejoindre, rencontrer ses amis, et manger un plat de la région, quelque chose comme du poisson. Boire du vin léger et froid qui fait rire.

____________________
Crédit photo : http://ltswww.epfl.ch/~auric/phyto/plantes/salicaire.html