262. vertigo

J'ai pris un long bain tiède parfumé au genévrier. Je me suis allongée sur mon lit dans la grande chaleur. La fenêtre ouverte, les voilages blancs volaient dans tous les sens, le vent du soir commençait à diffuser une douce fraicheur. J'ai failli m'endormir, j'ai peut-être dormi un peu. Je n'avais rien mangé depuis midi. Rien bu aussi. Je me suis levée, j'ai enfilé une jupe noire et un cache-coeur rouge. J'ai mis du rouge à lèvres rouge Rubis et de la poudre nacrée sur le visage et le cou, du khôl. Avec mes cheveux trop longs que je n'arrivais pas à discipliner, je n'aimais pas trop mon reflet au miroir, quelque chose d'agressif et je me sentais plutôt tranquille et tendre. J'ai enlevé le cache-coeur rouge et mis un t-shirt beige, je me suis fait un chignon bas sur la nuque. J'ai pris mon sac et je suis sortie. Arrivée sur Saint-Viateur, à l'est de Parc, il y avait des musiciens et beaucoup de monde, la foule dense qui s'agrippait à chacun des bals pour danser. J'ai un peu dansé la salsa avec un homme noir trop grand, pas lontemps. Je me sentais lourde et fatiguée, un peu malade. Ça tournait trop vite. Il y avait un petit kiosque à l'écart, ils servaient des daïquiris. J'en ai commandé un, un daïquiri aux fraises. Il fallait attendre longtemps, j'avais envie de partir. Mais je restais là. Mon voisin était là avec sa femme, ils buvaient des daïquiris à la lime. Ils avaient l'air joyeux. J'ai bu mon daïquiri aux fraises avec eux. J'en ai commandé un deuxième. J'ai marché en me frayant un chemin dans la foule et en buvant à grandes gorgées le deuxième daïquiri aux fraises, j'ai traversé tranquillement les grappes d'hommes et de femmes pressés de s'amuser et qui parlaient, riaient, et je n'entendais pas ce qu'ils disaient. Je suis sortie de la fête. Je me suis dirigée vers le Café. Arrivée au Figaro, je me suis assise à une table au fond de la salle. J'avais un peu le vertige. J'ai mangé. Il y avait un homme qui prenait des photos. Les serveuses n'aimaient pas ça, elles faisaient des gestes pour dire non avec la main et elles tournaient la tête. Comme j'avais détourné la mienne de la fête.