255. après ça

tithonia rotundiflora

Ces jours-ci je porte un curieux, critique, lourd et incisif regard sur moi-même et sur le monde. Peut-être parce que je suis dans un tournant important de ma vie, et parce que je me retrouve à la croisée des chemins un peu comme ce cheval dans Jacques le fataliste. Mais je ne vais pas déballer ma vie personnelle, professionnelle et intime ici, cela n'est pas l'endroit. Et puis mon être intérieur n'intéresse personne d'autre que moi.

J'en étais donc à la croisée des chemins et à ce souvenir circulaire du cheval de Jacques [le fataliste] et à ce qui m'amène à dire que ce n'est pas le destin qui guide mais quelque chose d'autre. Je ne crois pas au destin mais à une sorte d'instinct très sûr et très fort qui protège, toujours[à moins d'être joliment mal pris], et qui permet de rester ouvert à toutes sortes d'expériences qui pourraient être fatales ou merveilleuses – d'où l'inutilité et l'absurdité de passer de jours et des semaines voire des mois à tout analyser et soupeser avant de choisir sa voie. Si on perd son temps à faire ce genre de ruminations bovines, le train sera déjà passé, et la route aura filé sous les rails. À jamais.

Tout ça pour dire que changer subitement de chemin, je l'ai fait quelques fois, d'instinct, et c'était peut-être un peu brutal mais ça permettait d'ouvrir d'autres voies – parce que je savais à quel moment exactement quitter le sentier maudit qui m'aurait entraînée vers l'issue morbide, la falaise, ou encore la chute, la misère, la rue, ou la boîte de corn flakes et le pâté chinois avec une grosse bière à vie ; et non vers le sentier encore fermé par des ronces et de la broche piquante que j'avais une envie irrésistible d'ouvrir avec ma petite machette et ma besace, mon cheval, et quelques chansons pour la route.

Mais to make a long story short, j'ai plusieurs fois rêvé, parfois essayé, d'écrire de longs et interminables contes, mais tout de même plus « réels » que ceux qui ont sauvé mon enfance d'une mort certaine. Je savais que c'était ça, cette révolution jusque dans l'écrit, cette pensée philosophique qui couchait avec la forme du conte. Écrire des contes philosophiques comme Jacques le fataliste, Candide ou Tristram Shandy, on fait pas ça comme on fait son lit. Quoi qu'il en soit, mes proches ne s'en rendent pas toujours compte mais ce ne sont pas leurs réponses directes à mes interrogations qui font leur chemin quand je réfléchis. Depuis hier mon beau chat est malade. Il vomit. Il tousse. Il ne mange plus, et le pire c'est qu'il tombe partout. Il n'arrive même plus à sauter dans la baignoire pour lécher la goutte d'eau froide que je laisse pour lui. On me donne conseils par dessus conseils. C'est pas de ça que j'ai besoin. Ce chat il est vieux. Personne pense à me dire de le faire piquer. Euthanasier. Mais non. Mais oui. J'ai de la peine en chien. Mais j'y penserai après. Après ça. Ce que je me prépare à faire avec ce chat, c'est à peu près pareil que le jour où j'ai décidé de mettre fin à ma dernière relation amoureuse. Quand j'ai vu que ça devenait mauvais, nocif, j'ai dit c'est fini. That's it. J'braillerai demain. Et puis le lendemain, j'ai même pas pleuré. J'étais soulagée.

Et quand j'en arrive là, je prends ma besace et je remonte à cheval pour ouvrir de nouveaux sentiers. Même si ça prend dix ans, voir le soleil luire un bon matin, je crois à ça. Les clairières et les jours de lumière ne manqueront pas de se lever sur le monde. Je crois à ça aussi. Autrement, c'est foutu. Rien à faire. Je ne pige jamais que les métonymies. Ou mieux, les métamorphoses. Les mots ? Bof.