251. du pain et du café

Le café goûte particulièrement bon ce matin. J'ai passé une nuit trop courte, mais reposante. Le café est bon. Il réchauffe. J'ai faim. Envie de fraîcheur. De poésie, relire Paul Chamberland, ou Miron. Envie de passer le week end dans les bras d'un être aimant et tendre.

Un bout de baguette grillée bien beurré et trempé dans le café au lait bouillant, c'est divin. Et Chamberland que je cite. Cadeau.

Ce jour sera très bon
Dieu l'a mis sur la planche

L'enfant malade à la fenêtre éclatante
rayonne doucement
lisse les ailes du voyage
joue avec les rideaux de l'espace
    qui s'abandonne au treillis des cils
    au lierre des doigts

Le lait du plaisir sous la chair touchée
le jeu de la sève sous l'écorce hilare
la puissance du geste clair
qui prend aux bras aux tiges aux rayons
la tête blonde en plein soleil séduit le monde
qui s'ouvre en auberge lyrique

Ce jour sera du pain
sous la dent de l'enfant soleil
le ciel palpitera
dans ses muscles lutins

Je reçois ta main dans la mienne
la sève de mon corps au tien chante
je suis la page où s'écrit ton sourire
tu es le corps de ma délivrance
et je m'avance dans tes blés
rouge de miel et de plaisir

« Ce jour sera du pain », Genèses, Paul Chamberland, Les Éditions de l'Aurore, Montréal, 1974.