242. cher roman

Grippe pas grippe, la vie continue. Bourrée de vitamine C et d'acétaminophène, je me suis rendue à un rendez-vous concernant ce manuscrit que j'ai déposé chez cinq éditeurs montréalais à la fin du mois d'avril. Je suis arrivée un peu avant l'heure prévue. J'ai aimé attendre dehors, en plein soleil, et le bon vent du printemps m'a encore une fois toute dépeignée, et c'était parfait. Mes cheveux, mon apparence, je m'en foutais éperdument.

Ça doit faire au moins vingt ans que ça ne métait pas arrivé d'être aussi ponctuelle. Pour une fois, c'est à cet endroit-là du monde que je voulais me trouver, et pas ailleurs. Je n'ai jamais compris ce qui s'est produit un jour dans ma vie, mais je n'ai plus été capable d'arriver à l'heure nulle part. Ça s'est fait d'un seul coup, et du jour au lendemain j'étais en retard partout et c'était fort gênant, surtout pour le cinéma ou le théâtre. Mais pour aller consulter un médecin, c'était plutôt pratique puisqu'au départ, il faut attendre des heures. Et comme j'aime pas attendre, j'ai réglé le problème, je fréquente plus beaucoup les médecins. Quoi qu'il en soit, je suis un peu triste pour ceux qui m'ont écrit pour me proposer des remèdes à base de plantes. J'ai bien essayé, mais cette fois-ci, ça n'a pas marché. Je croyais qu'on peut tout guérir avec les plantes. Sauf que les oignons crus, le thym, la sauge et le citron, pour commencer, ça goûte pas bon et donc c'est pas un incitatif, et puis c'est pas fort pour assommer un mal de tête et une grippe de cheval.

Ainsi donc j'arrive de ma rencontre avec l'éditeur I. C'était bien. Passée l'envie d'en parler avec mes amis qui se poussent quand je vais pas bien ou trop bien [lire : pas endurable], passé le sentiment de solitude difficile à surmonter parfois, je me suis dit qu'il valait tout de même mieux que je me mette à l'ouvrage tout de suite plutôt que d'en faire toute une histoire. Sans même m'en rendre compte, j'ai bu un grand verre de vin rouge en trois gorgées. Puis j'ai enlevé mes souliers.